Les bourrelets de la discorde

Le ventre du président et les fesses de la chancelière
Des deux côtés du Rhin, on sait polémiquer à propos d’un bout de gras. Mais quand en France c’est pour quelques grammes de moins, en Allemagne, c’est pour quelques grammes de trop. Autant dire qu’il n’y a pas photo, ou plutôt si : alors que Paris Match déclenche une polémique à propos d’un coup de photoshop magique éliminant les poignées d’amour du Président français, ce sont les fesses d’Angela Merkel en première page du magazine britannique The Sun qui font du bruit (enfin juste la photo). On aura aussi pu admirer un autre coup de photoshop, mais cette fois-ci un ajout, faisant apparaître à la Chancelière deux mamelles au bout desquelles les frères Kaczynski étaient pendus, cette fois-ci dans l’hebdomadaire polonais « Wprost ».Et tout cela sans qu’Angela Merkel en fasse une affaire personnelle.

- Nicolas Sarkozy à Wolfeboro, le 4 août 2007
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Cherchez la différence (à droite, la photo parue dans Paris Match) ! (source : N.Hamberg/Reuters / Paris Match du 9 août 2007)
N’est-ce pas tout simplement merveilleux ? Alors qu’une grande partie de la presse française se voit de plus en plus critiquée pour son indulgence, voire sa complicité avec l’Elysée, les magazines de nombreux autres pays d’Europe, dont l’Allemagne mais surtout la Grande-Bretagne, ont tendance à être épinglés pour le contraire. Dans un monde où l’image a la prééminence sur le fond, le discours dérive même sur les corps, dont l’apparence est en soi un message. Que pensent nos amis européens de ces médias dans lesquels Nicolas Sarkozy aurait donc droit à son meilleur profil ?
En effet, alors que la presse, dans de nombreux pays d’Europe, peut se voir parfois reprocher sa perversité, la presse française est plus souvent accusée de soumission. La leçon à tirer de tout cela réside peut-être dans l’interrogation suivante : vaut-il mieux une presse voyeuriste qu’un pouvoir exhibitionniste ?

- Couverture controversée du magazine polonais "Wprost" du 25 juin 2007, affichant le titre : "La marâtre de l’Europe"
La filiation bonapartiste, dans laquelle s’inscrit le président français, est d’ailleurs intéressante à cet égard (elle est d’ailleurs soulignée dans un très intéressant article du New Yorker du 27 août 2007). Bonaparte était un modèle en matière de contrôle de sa propre image, s’auto-représentant en personnage victorieux et en homme du monde, puis, accédant au pouvoir, se transformant en Napoléon (« j’ai changé »), mettant en à la fois valeur sa grandeur et sa simplicité, maniant séduction et ostentation.

- Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa
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GROS Antoine-Jean (Baron) (1771-1835) Paris, musée du Louvre
Nicolas Sarkozy, de son côté, ne se refuse pas des vacances pour le moins grandioses, mais prend le temps de la photo pour une simple balade en canoë avec son fils. Et puis, pour la touche « proche du peuple et émotion », la proximité avec les handicapés et les endeuillés, les « victimes des accidents de la vie ». Napoléon, lui, s’affichait avec les malades (voir le tableau « Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa ») touchant les plaies des malades comme autrefois les Rois thaumaturges touchaient les scrofules pour guérir des écrouelles. Et alors que Bonaparte pouvait faire confiance aux coups de pinceaux des peintres officiels, il y a désormais la retouche par ordinateur…
Au final, on sera heureux d’apprendre que nos dirigeants européens sont des gens normaux : ils ont des fesses et des bourrelets, encore que cette deuxième information ait failli nous échapper. On sera également soulagés de savoir qu’Angela Merkel est peut-être moins obsédée de son image que ne l’était Bismarck en son temps…
Espace réactions(3)
Les bourrelets de la discorde
Par Dodcdory, 23 août 2007
La sagesse populaire déclare dans un proverbe " qui vole un oeuf vole un boeuf " . Cela s’applique à cette situation : qui retouche une photo retouche l’ensemble de la réalité !
Maintenant il faut se demander qui a décidé de truquer cette photo :
Soit c’est le journal Paris Match lui même , auquel cas il ne s’agit plus de journalisme mais de fayotage . L’on disait , avant l’effondrement du bloc soviétique , que le quotidien " l’Humanité " était aux ordres de Moscou . On pourrait dire dans ces conditions que " Paris Match " est aux ordres de Sarkozy , ou en tous cas une Pravda Sarkozyste . La fameuse affaire du licenciement d’Alain Genestar , par ce journal appartenant au groupe Lagardère , lui-même ami du président est un symptôme prémonitoire de ce désordre journalistique .
Soit le journal Paris Match a présenté la photo et sa version retouchée à Sarkozy , ou aux conseillers en communication de Sarkozy , avant publication , et c’est eux qui ont choisi la version retouchée , et alors là c’est beaucoup plus grave . Il s’agit alors d’un mensonge délibéré , qui laisse augurer d’autres mensonges plus sérieux ( présents ou à venir ) sur la politique présidentielle , sur les résultats économiques etc ... Comment dans ces conditions pourrait on croire un seul instant que les statistiques de l’inflation ou du chômage ne seraient pas , elles aussi , retouchées sur ordre , comme une vulgaire photo de presse !
Par ailleurs ce genre de retouches est symptomatique des dérives autocratiques d’un pouvoir : on se souvient que , déjà , Mao Tsé Toung faisait retoucher ses photos ... Si Sarkozy n’était pour rien dans cette retouche , il serait bien venu qu’il le dise dans une lettre ouverte de critiques à ce journal ... [COMMENTAIRE PUBLIE INITIALEMENT SUR AGORAVOX]
Les bourrelets de la discorde
Par Gilbert Spagnolo, 23 août 2007
"En effet, alors que la presse, dans de nombreux pays d’Europe, peut se voir parfois reprocher sa perversité, la presse française est plus souvent accusée de soumission."
J’suis d’accord avec ton analyse, même que je vois que depuis le régime de Pétain, que la devise de la plupart des médias Français « courage fuyons » est toujours d’actualité !
Vor dans Google : La soumission de la presse sous pétain
@+ P@py [COMMENTAIRE PUBLIE INITIALEMENT SUR AGORAVOX]
Les bourrelets de la discorde
Par Mathieu - Euros du Village, 23 août 2007
C’est ainsi, en effet, qu’est la presse française ! C’est aussi un travers lié au fait que les journalistes français favorisent l’expression des opinions au travail d’investigation et d’enquête, contrairement aux pays anglo-saxons. Il suffit de jeter un oeuil aux articles du New York Times ou du New Yoreker, comme j’en ai proposé la lecture dans mon article : certains articles font 4, 5, 6 pages et sont très fouillés. En france, il faut trouver le bon mot, la phrase qui fait mouche et surtout, donner son opinion sur tout et n’importe quoi... Quel est le lien avec cette "soumission" que l’on reproche à la presse française ? Et bien il est simple : les journalistes ne font pas le travail de "démontage" des discours politiques établis par la force des faits, mais ne font que commenter. Ils sont donc en position de faiblesse par rapport au pouvoir... Et nous sommes donc exposés à des dérives assez différentes de celles que l’on retrouve dans la presse anglo saxone. Je le répète donc : Vaut-il mieux un pouvoir exhibitionniste qu’une presse voyeuriste ?
Les bourrelets de la discorde
Par Antoine Diederick, 23 août 2007
Nous en arrivons alors au coeur du sujet....voici à mon avis la bonne question.
Si la presse ne "moufte pas" depuis cette nouvelle législature présidentielle, je crois qu’il est bien de se poser la question ...enrichissons ce débat, bien d’accord avec vous.
La presse allemande avant mme que Merkel soit élue l’a brocardée et rudement !
[COMMENTAIRE PUBLIE INITIALEMENT SUR AGORAVOX]
Les bourrelets de la discorde
Par Daniel-Philippe de Sudres, 30 août 2007
Bravo, Mathieu pour tes réflexions globales et détaillées autant que pour ton style incisif et historique. En effet, tel que tu l’écris : « Dans un monde où l’image a la prééminence sur le fond, le discours dérive même sur les corps, dont l’apparence est en soi un message » De même, ta réponse au questionnement de Gilbert est très riche, concernant le fait que « les journalistes ne font pas le travail de "démontage" des discours politiques établis par la force des faits, mais ne font que commenter. Ils sont donc en position de faiblesse par rapport au pouvoir. » Cependant, ce vers quoi se porte mon attention, quant aux politiques étant volontiers portés au pouvoir en cette époque en laquelle il nous est donné d’exister, est leur psychoendocrinotype. Ce terme de neuroconnectique est relatif au fait que nous, humains, sommes, selon le mot de Jacques Monod, des « machines » biologiques et psychologiques, conditionnées par nos glandes endocrines, demeurant tels des robots prévisibles, tant que nous n’apprenons pas à nous libérer neuroconnectiquement de l’influence, notamment, de ces glandes. Nicolas Sarkozy est, ainsi, dominé par un psychoendocrinotype double constitué par une fonction marquante de sa thyroïde et de son pancréas produisant un individu hypermobile, très communicant et très adaptatif (aspect thyroïdien) quoique mûrissant ses défaites et se souvenant de ceux qui l’ont humilié (aspect pancréasien). Napoléon Bonaparte, d’après une petite étude à laquelle je me suis livré dans l’un de mes livres, était le lieu de la domination de ces deux glandes… et de trois autres aussi (d’où l’extrême complexité, voire paradoxité, du personnage…). Quoi qu’il en soit, et pour en revenir à la problématique que tu as lancée, il m’est clair qu’en certaines époques, les masses humaines votent volontiers pour (je m’exprime au regard des neurosciences…) de petites « machines » agiles, capables de rebondir rapidement, d’explorer sans scrupule toutes les routes nouvelles possibles. Le gouvernail dont disposent ces « petites machines » (Bonaparte, Sarkozy…) n’est pas en elles (seuls les individus disposant d’une dominance adénohypophysienne ont leur gouvernail en eux-mêmes), elles la trouvent dans le miroir, le reflet que leur montrent les autres, reflet qui leur est tel un support affectif vital : « m’aiment-ils ? ». Au-delà des dérives de nos politiques, nous devons comprendre pourquoi ils sont portés au pouvoir à tel ou tel moment historique et, en profondeur, il nous est humainement souhaitable, par-delà les rôles que jouent ces gens dans nos sociétés, de comprendre, avec sagesse, intelligence voire compassion, qui ils sont dans leur individualité, quels sont les mécanismes, les conditionnements auxquels ils sont soumis et qui les font être, socialement, ce qu’ils sont, comme nous sommes, nous-mêmes, les fruits de nos glandes, entre autres, exceptés lorsque nous parvenons neuroconnectiquement à nous en libérer…
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