ITALIE : Le Parti Démocrate, reflet d’une vie politique tourmentée

Les difficultés de créer le centre
A l’heure où Walter Veltroni fête sa victoire aux élections primaires internes au Parti démocrate (PD) (14 octobre 2007), les critiques ne manquent pas autour de la constitution du nouveau parti de centre-gauche italien. La partie n’était pas gagnée d’avance pour mettre d’accord les deux partis principaux composant le PD : le DS (socialistes) et la Marguerite (démocrates-chrétiens de centre-gauche) : tensions internes aux partis, divergences entre les différentes composantes du nouveau PD quant aux orientations politiques du futur parti, etc.. En somme, les difficultés que rencontrent l’actuel gouvernement de Romano Prodi se sont transposées ces derniers mois au niveau du PD, et ne sont pas prêtes d’être résolues. Le PD, est-il seulement un mariage forcé ou un véritable parti capable de rénover la scène politique italienne et de remporter les futures élections ?
Bref aperçu du système de partis en Italie et de la loi électorale : un système complexe, illisible et facteur d’instabilité
Le nombre de partis qui siègent au Parlement italien est aujourd’hui de quinze. Cinq font partie de l’opposition de centre-droit, et 12 sont rassemblés dans la coalition de centre-gauche qui soutient le gouvernement. La loi électorale de décembre 2006, approuvée 4 mois avant les dernières élections par la majorité de centre-droit conduite, à l’époque, par Silvio Berlusconi, n’a pas, en soi, accru le nombre de partis. Elle a pltôt renforcé les plus petits (i nanetti – les petits nains – selon l’expression du politologue Giovanni Sartori), notamment au sein de la coalition de centre-gauche. En effet, cette loi, définie par l’un de ses rédacteurs (Roberto Calderoli, parlementaire de la Ligue du Nord) comme una porcata – une cochonnerie –, prévoit un système proportionnel quasiment intégral, avec des seuils très bas pour être représenté à l’Assemblée et un ‘seuil de majorité’, calculé sur base nationale pour la Chambre des représentants et sur base régionale pour le Senat [1]. Lors de la transposition des voix obtenues en sièges, une liste liée à une coalition obtient des sièges seulement si un double seuil a été franchi : la coalition doit avoir obtenu au moins 10% des votes et la liste au son sein au moins 2%. Au Senat, ces seuils sont de 20% pour la coalition (mais dans une région) et 3% pour au moins une des listes en son sein.

- Walter Veltroni, maire de Rome (DS)
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L’actuel maire de Rome s’est facilement imposé lors des élections primaires du PD ce 14 octobre. Il a recueilli prés de 75% des suffrages exprimés.
L’actuel gouvernement est par conséquent souvent paralysé par les vetos de ces petits partis, situés au centre (Unione dei democratici europei– Union des démocrates européens –, Italia dei valori – l’Italie des valeurs –, les Radicaux et les Socialisti democratici italiani – Socialistes démocratiques italiens –, avec les deux derniers s’étant présentés ensemble au sein de la Rosa nel pugno aux élections de 2006) ainsi qu’à gauche de la coalition (Rifondazione comunista – Parti de la refondation communiste –, Partito dei Comunisti italiani – Parti des communistes italiens–, i Verdi – les Verts –, et depuis quelque mois, Sinistra democratica – Gauche démocratique –). Ce système des partis, de toute évidence dysfonctionnel et fragmenté, provoque de plus en plus le mécontentement au sein de la population italienne car elle plonge le pays dans l’impasse. Une procédure de référendum abrogeant la loi électorale a été lancée et a déjà recueilli 820.916 signatures. Selon la Constitution italienne, il faut recueillir 500.000 signatures pour pouvoir présenter une question référendaire, qui est, après un contrôle de constitutionnalité effectué par la Cour constitutionnelle, soumise au vote, sauf si le Parlement change ou abroge auparavant la loi en question. Si donc le Parlement n’a pas d’ici-là reformé lui-même la loi électorale, le processus devrait aboutir à un referendum visant l’abrogation de certains articles de la loi en vigueur, et ce au printemps 2008. Le résultat d’une telle réforme serait un système plus proche du système allemand, avec un seuil de 4% des voix pour pouvoir être représenté à la Chambre et de 8% pour obtenir un siège au Senat.
Le projet du Parti Démocrate : gouverner malgré des conditions difficiles

- Romano Prodi, président du Conseil italien
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L’actuel premier ministre italien, dont la légitimité est mise à mal, pourrait se trouver encore plus en difficulté aprés l’élection de Veltroni à la présidence du PD.
Etant donné ce contexte de fragmentation partisane, le projet de Parti démocrate (PD) vise à rassembler les deux principaux partis de l’actuelle majorité, à savoir la Marguerite et i Democratici di sinistra (DS) – les Démocrates de gauche –, autour d’un nouveau parti, allant bien au delà du rassemblement électoral de l’Olivier, qui existe depuis 1996. La parti démocrate a ainsi vu le jourle 14 octobre, lorsque les inscrits et sympathisants de la Marguerite et des DS ont élu les membres de l’Assemblée constituante du PD, le futur secrétaire général du PD, et les secrétaires régionaux. L’idée est de donner une légitimité populaire et militante à la construction du PD, tout en répétant, si possible, la forte participation populaire des primaires d’octobre 2005. Quatre millions d’électeurs avaient alors choisi Romano Prodi comme leader de la coalition qui devait défier Silvio Berlusconi aux législatives d’avril 2006, alors qu’il leur était demandé (c’est une fois de plus le cas ce dimanche), de verser un Euro symbolique pour pouvoir voter. Le pari semble avoir été rempli au vue des chiffres déjà disponibles : plus de 3 millions d’électeurs se seraient ainsi aux urnes, Walter Veltroni ayant été facilement élu avec 75% des suffrages.
Deux questions se posent alors : quel sera le projet politique du PD ? Et quel sera son poids dans la politique italienne ? En ce qui concerne le projet politique, l’idée est de fusionner deux traditions politiques, le réformisme catholique d’un côté, l’orientation progressiste – et minimaliste – de l’autre. La première tradition a historiquement été représenté par le courant positionné à gauche de l’ancienne Démocratie chrétienne, resté au pouvoir sans interruption de 1948 à 1992/93. Ce parti fut quasiment anéanti – avec les autres partis qui constituaient alors le fameux Pentapartito – par des scandales de corruption dévoilés par une série d’enquêtes judiciaires, connues sous le nom de Mani pulite (mains propres). Aujourd’hui la Marguerite représente l’héritier des catholiques de gauche. Née en 2001 d’un rassemblement électoral, la Marguerite est devenue un véritable parti à partir de 2002. D’autres composantess existent néanmoins en son sein allant des libéraux aux sociaux-démocrates.
L’ancien parti communiste italien – le plus important numériquement en Europe occidentale, comme il se plait à le dire – représente l’autre composante du futur PD. Depuis 1989, il a connu une phase de transition presque continue. Plusieurs scissions et changements d’appellation ont marqué son histoire : devenu Parti démocratique de la gauche en 1991, il perd un tiers de ses inscrits, qui vont former le Parti de la refondation communiste ( rifondazione comunista). Il devient ensuite le parti des « Démocrates de gauche » en 1998, tout en fusionnant avec des petits mouvements de la gauche modérée. Aujourd’hui, le dernier courant maximaliste du DS a quitté le parti en mai 2007 pour devenir « la Gauche démocratique ». Le dernier obstacle à la création du Parti Démocratique a ainsi été levée.

- Rosy Bindi
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Tout comme Enrico Letta et Walter Veltroni, l’actuel ministre de la politique familiale (Marguerita) brigait la présidence du Parti démocrate ce dimanche 14 octobre 2007. Elle n’a recueilli que 14,1% des suffrages.
D’aucuns se demandent s’il sera possible, dans la pratique, de concilier ces deux traditions politiques dans un ensemble cohérent. Si l’attention portée aux revendications sociales dans le cadre d’une économie modernisée, voire la recherche d’une troisième voie à l’italienne, semble l’élément fondateur du projet de PD, plusieurs difficultés se dessinent à l’horizon. Quel pourrait être la synthèse politique du PD dans les domaines où un clivage entre laïques et catholiques existe toujours (questions éthiques liées à la médecine et à la recherche scientifiques, version italienne du PACS, droits des homosexuels, relations entre l’Eglise et l’Etat,...) ? Quelle sera la position du PD au sein d’un Parlement européen où, pour l’instant, les députés DS siègent au sein du PSE et la Marguerite au sein de l’ALDE ? En matière de politique étrangère, sera-t-il suffisant d’avoir éliminé les courants les plus gauchistes pour obtenir une vision claire de la position de l’Italie sur l’échiquier international ?
La question du poids du PD, c’est à dire des votes qu’il pourrait remporter aux élections législatives, relève de la spéculation, étant donnés les résultats variables des sondages sur la question. Le destin du PD sera néanmoins lié dans tous les cas au système électoral : celui en vigueur, qui, comme on l’a dit, favorise la fragmentation, est peu favorable au PD ; au contraire, une loi électorale plus majoritaire devrait renforcer un parti qui sera sans doute le parti dominant au centre-gauche.
D’ici la fin de la législature, de nombreuses autres questions se posent à propos des relations au sein du futur parti et des rapports entre la coalition et le gouvernement. Vu la faiblesse de l’actuelle majorité, le PD renforcerait-il le gouvernement Prodi, tout en consolidant l’aile réformiste de la coalition ? Le risque de plutôt déclencher un règlement de comptes avec les petits partis en général, et l’extrême gauche en particulier, qui, craignant la marginalisation, feront tout pour garantir leur survie et leur droit de veto semble un scénario plus probable. Prodi n’étant membre d’aucun parti, la personnalité de secrétaire-général du PD, un parti censé atteindre les 30% de votes, risque-elle d’affaiblir voire de délégitimer l’actuel Président du Conseil ? Sur cette question, l’élection de Walter Veltroni, actuel maire de Rome trés critique de Prodi, risque d’aggraver les tensions entre le leader du PD et le président du Conseil et de jouer plus en la défaveur du gouvernement Prodi qu’en sa faveur.
Une « fusion froide » ou un véritable nouveau parti ?
Plusieurs commentateurs ont critiqué le processus de création du PD, le définissant comme une « fusion froide ». Au-delà de l’introduction nouvelle d’élections primaires, la configuration du PD serait non pas déterminée par la volonté des électeurs mais par le résultat de négociations secrètes entre les groupes dirigeants du DS et de la Marguerite. Selon ces critiques, chaque poste de responsabilité au sein des listes présentées aux primaires serait assigné sur la base d’un mécanisme de répartition visant à préserver un équilibre délicat entre DS et Marguerite plus qu’à créer un véritable nouvel ensemble : pas du nouveau vin, mais tout simplement un transvasement dans une barrique bien plus large.
En outre, la compétition aux primaires a été relativement faible, la victoire de Walter Veltroni était déjà annoncée depuis plusieurs jours suite à la décision de plusieurs membres de DS de retirer ou ne pas poser leur candidature (notamment Pierluigi Bersani, actuel Ministre pour les activités productives et, Piero Fassino, le dernier secrétaire du DS). Cette situation semble illustrer la critique de la fusion froide : les électeurs ne seraient appelés qu’à confirmer une stratégie déterminée auparavant par les subtiles jeux des cadres des partis. En effet les deux autres candidats les plus significatifs, Rosy Bindi et Enrico Letta, ont respectivement recueilli 14,1% et 11% des voix. C’est dommage, car une véritable compétition électorale, avec une confrontation de programmes, de modèles, et d’idées – comme il est d’usage aux Etats-Unis – aurait bénéficié à la légitimité du futur secrétaire général du PD.

- Enrico Letta
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Le député européen (ALDE/Marguerita) a tenté de briguer la présidence du parti démocrate italien ce dimanche 14 Octobre. Il n’a recueilli que 11% des votes.
Pourtant, le PD pourrait jouer un rôle novateur, en répondant de manière constructive à la vague de critiques radicales du système politique, dont l’impact considérable a été révélé par les exploits du comique Beppe Grillo (voir Le Monde du 19 septembre). Un parti bien structuré et enraciné dans la société, mais débarrassé des dérives clientélistes, servirait la cause du renouvellement et de la stabilisation du système politique vers un bipolarisme plus affirmé.
Au-delà des alchimies de la politique italienne, le PD peut-il représenter un modèle pour d’autres pays en Europe, voire pour une convergence entre des groupes politiques existants au sein du Parlement européen ? L’idée du PD découle des particularités et des problèmes du système politique italien : une simple transposition à l’étranger semble improbable. La présence d’une forte composante catholique, aujourd’hui dispersée entre plusieurs partis, mais qui a marqué l’histoire du pays ; le rôle réformiste d’un ancien parti communiste et l’absence d’un parti socialiste important sont tous des éléments de l’histoire italienne que l’on ne retrouve pas ailleurs en Europe et qui explique le contexte particulier de la création du PD aujourd’hui. Quant au Parlement européen, une pareille opération est envisagée par certains candidats au secrétariat du PD – notamment par Rosy Bindi – car elle résoudrait notamment les problèmes internes du PD. Toutefois, un tel exercice semble peu évident étant donné l’hétérogénéité déjà existante au sein des groupes ALDE et PSE – une hétérogénéité bien plus importante que celle qui différencie le DS et la Marguerite.
Au contraire, la transition italienne d’un système de parti fragmenté vers un système plus concentré (si le PD est un succès, un processus similaire d’agrégation devrait être déclenché au centre-droite, et peut être au centre) pourrait être interprétée comme étant le résultat d’un processus d’européanisation et de maturation du système politique italien dans son ensemble.
[1] si une coalition atteint un pourcentage seuil de votes, elle reçoit automatiquement plus de 50% des sièges à pourvoir ; les sièges restants étant distribués sur base proportionnelle





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