POLOGNE : Après les frères Kaczynski, le "retour à l’Europe"

L’identité polonaise entre affirmation nationale et ouverture européenne
Le 21 octobre, lors des élections législatives anticipées, les Polonais ont plébiscité la Plate-forme civique (PO) de Donald Tusk, dont un des thèmes centraux de la campagne aura été le « retour de la Pologne en Europe ». Ils ont donc décidé de tourner le dos à la logique nationaliste conservatrice et de repli sur soi de la république "monozygote" des frères Kaczynski qui, de l’affaire Geremek au refus de la journée européenne contre la peine de mort, en passant par le rappel de l’impact démographique de la seconde guerre mondiale lors de la négociation du nouveau traité, ont conduit la Pologne à un certain isolement, aux marges de l’Union européenne. Du repli nationaliste à l’ouverture européenne, la Pologne balance à nouveau, dans un mouvement bien caractéristique de la relation complexe que les Polonais entretiennent avec leur passé et leur présent.
Il serait trop simple, en effet, de n’expliquer ce va et vient entre repli sur soi et ouverture à l’autre par la dérive nationaliste et conservatrice de quelques leader politiques, qui puisent l’essentiel de leur potentiel électoral dans les petites villes et les campagnes, surtout parmi les moins éduqués, les dévots et les laissés pour compte de 18 ans de transition économique. Le parti Droit et Justice des frères Kaczynski ne fait que se mouler dans la matrice identitaire polonaise, laquelle peut être le terreau de l’ouverture à l’autre, mais également nourrir le repli sur soi. Désenchantée par vingt ans de démocratie, blessée par une histoire dont la plaie reste entrouverte, une partie de la population polonaise est en proie à un nationalisme parfois intolérant. Loin de tout jugement, il est question ici de s’intéresser précisément à l’identité nationale polonaise. En comprendre, même partiellement, la matrice, c’est se donner les moyens d’appréhender la Pologne d’aujourd’hui et mesurer la taille des défis auxquels le futur gouvernement polonais devra faire face, entre affirmation de soi et ouverture à l’autre.
L’Histoire, au cœur de l’identité polonaise
Résultats des élections du 21 Octobre 2007 en Pologne (estimations - en pourcentage des suffrages exprimés) :
PO (Plate-forme civique) : 42%
PiS(Droit et Justice) : 32%
LiD (centre-gauche) : 13%
Parti Paysan : 9%
Samoobrona : 1,5%
Ligue des familles polonaises : 1,3%
Participation : 54%
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L’histoire polonaise fournit deux modèles opposés de la nation , qui révèle une tension intrinsèque dans l’identité nationale polonaise. Ces modèles dérivent des dynasties des Piast et des Jagellon.
La dynastie des Piast était géographiquement compacte et ethniquement homogène, bien que les grands rois tels que Kazimierz III (1333-70) n’aient en rien négligé l’expansion à l’Est. La conception qui dérive de la dynastie des Piast est donc associée à la ligne Oder-Neisse qui délimite aujourd’hui l’Allemagne et la Pologne.
La période jagellonne, au contraire, offre le modèle d’un Etat géographiquement étendu, ethniquement et culturellement diverse. La dynastie des Jagellon avait établi l’Union de Pologne-Lituanie (ou “République des deux nations”) de 1386 à 1572. Son territoire incluait les Etat baltes actuels, la Biélorussie et l’Ukraine. Elle était gouvernée par une sorte de « république fédérale aristocratique » et se distinguait initialement par sa tolérance politique et religieuse. La République, où Juifs, Catholiques, Orthodoxes, Protestants, Musulmans coexistaient pacifiquement, fut le creuset du développement d’idées modernes, sociales et politiques. C’est pourquoi, malgré une Contre-réforme assez musclée, le modèle Jagelon est associé à un Etat-nation étendu et diverse.
Ces deux conceptions on été opérationnalisées par Roman Dmowski et Jozef Pilsudski dans la première moitié du 20e siècle. Emboitant le pas au camp réaliste et positiviste qui s’opposait au Romantisme au cours du 19e siècle, Dmowski a développé une approche défensive commandée par la situation géographique de la Pologne entre ses dangereux voisins à l’est et à l’ouest. Il a ainsi érigé en priorité l’indépendance de la Pologne qui devait conduire à un Etat centralisé et à la polonisation des minorités. De l’autre côté, Pilsudski opposait une rhétorique fédéraliste.
(Source:Jerzy Zubrzycki (2002), “The Classical Opposition Between Civic and Ethnic Models of Nationhood : Ideology, Empirical Reality and Social Scientific Analysis”, Polish Sociological Review)
Ceux qui sont familiers avec les théories du nationalisme pardonneront le rappel de cette évidence : il n’est pas de vision essentialiste ou linéaire de l’identité nationale qui tienne, en dehors des aveuglantes idéologies nationalistes elles-mêmes. Les nations et l’identité nationale sont des constructions sociales de la réalité, des « communautés imaginées » pour reprendre le terme de Benedict Anderson. Les mécanismes qui sous-tendent cette communauté, qui nourrissent le sentiment d’appartenance, sont divers. Pour ne prendre qu’un exemple (qui n’est pas choisi innocemment), Paul Brass met en évidence le phénomène de manipulation de symboles culturels par les élites. Celles-ci façonnent l’identité culturelle de la nation, bâtissent un discours pour légitimer leur accession au pouvoir.
Mais cette vision instrumentaliste ne se suffit pas à elle-même, car la culture et la mémoire ne peuvent être si facilement manipulées. Anthony D. Smith insiste ainsi sur l’importance des frontières historiques et culturelles, contingences desquelles il est difficile de s’extraire. Il existe donc toujours une part de déterminisme, sur laquelle les constructions sociales sont bâties. Dans le cas de la Pologne, il apparaît que l’identité nationale est fortement déterminée par l’Histoire. Il y a deux explications à cela. Premièrement, la tentative de créer un Etat polonais, communauté de droits et de devoirs sur un territoire unifié, a longtemps échoué. L’absence d’Etat indépendant et d’institutions permanentes depuis la partition de la Pologne en 1795 jusqu’à la fin de la période communiste, a rendu la nation polonaise dépendante de sa mémoire collective. C’est pourquoi l’histoire, la mémoire historique, est le ciment de la communauté politique polonaise.
La seconde explication est à rechercher dans l’aspect extraordinairement chaotique de l’histoire moderne de la Pologne. Celle-ci est dominée par la perte de souveraineté pendant 123 ans, suite à la partition de 1795 entre la Russie et la Prusse, et par les menaces qui ont pesé sur elle durant la seconde guerre mondiale et, d’une autre manière, pendant la période communiste. Cette période de l’histoire polonaise est également frappée d’une martyrologie terrifiante, au sein de laquelle figurent en bonne place les insurrections de 1794, 1831 et 1863, marquées par des vagues de répression, d’immigration ou de déportation, et la seconde guerre mondiale, dont les Polonais retiennent le massacre de Katyn par l’armée Rouge en 1940 et l’écrasement du soulèvement de Varsovie en 1944 par l’occupant allemand. Le peuple polonais a ainsi été confronté à un dilemme sécuritaire central, dû à sa position entre deux puissants voisins, l’Allemagne et la Russie, qui ont longtemps menacé son existence. Tout cela a contribué au développement d’une identité nationale très résistante reposant sur une histoire commune douloureuse.

- Un des innombrables monuments rappelant l’histoire douloureuse de la Pologne
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Monument à Varsovie, en souvenir des centaines de milliers de Polonais déportés durant l’occupation soviétique des territoires de l’Est (1939-41)
L’histoire est donc centrale dans l’identité nationale polonaise, et cette histoire est dominée par l’image d’une nation martyrisée par ses voisins et privée de sa souveraineté. Même les Polonais les plus éduqués sont persuadés que leur nation a souffert plus que n’importe quelle autre. Il faut admettre que les contingences historiques facilitent une telle lecture du passé. Cela aurait d’ailleurs pu conduire à un nationalisme autoritaire après 1989, à l’émergence d’une identité nationale défensive et tournée sur elle-même, enracinée dans la frustration du contraste entre ce sombre passé et l’Age d’Or de la période jagellonne au début du XVIe siècle, et alimentant une suspicion permanente à l’égard de ses voisins et des supposés « traitres »…
Le discours du « retour à l’Europe », ou comment la Pologne a réussi le pari de la transition
L’enjeu identitaire a été fondamental dans la transformation des Etats postcommunistes en Europe centrale et orientale. La révolution de 1989 a été interprétée comme le point culminant de deux siècles de lutte pour l’auto-détermination contre les puissances impérialistes – l’empire des Habsbourg, l’empire Ottoman, la Prusse, la Russie tsariste, le IIIe Reich Nazi et la Russie soviétique. Il s’agissait de laisser enfin s’exprimer les identités ethniques particulières et de doter des communautés culturellement homogènes d’un Etat qui leur est propre. Il y avait donc une tendance à mettre l’accent sur les critères pré-politiques d’appartenance. Cela a été un des paramètres du problème des minorités ethniques en Europe de l’Est, auquel l’Union européenne a accordé une attention particulière durant la période d’accession des pays d’Europe centrale et orientale.
La Pologne postcommuniste a été épargnée par la question des minorités. Devenue, au détour de la seconde guerre mondiale, de l’holocauste et de la redéfinition de ses frontières, un pays à plus de 95% de langue polonaise et de religion catholique (65% avant la guerre), la Pologne n’a pas connu le raidissement identitaire rencontré en Tchécoslovaquie ou en Yougoslavie après 1989. Le rêve jagellon d’un Etat ethniquement divers (voir encadré), fondé sur l’appartenance à une communauté politique commune, était certes définitivement enterré, et ce d’autant plus que la catholicisassion de la Pologne avait été achevée pendant la guerre froide du fait de l’opposition de l’Eglise catholique au régime communiste. Mais, assez paradoxalement, les bases déjà solides d’une conception ethnique de la nation polonaise affaiblissaient le discours fondé sur l’unicité et l’auto-détermination du peuple polonais, et donnaient prise à un autre discours privilégiant le retour dans le concert des nations européennes.
Le « retour à l’Europe » a été très tôt proclamé par les nouveaux leaders polonais une fois l’indépendance retrouvée en 1989 . Les premiers chefs de gouvernement et ministres des affaires étrangères non communistes de l’après guerre-froide ont multiplié les déclarations dans ce sens. La Pologne n’a pas longtemps attendu pour poser sa candidature à l’adhésion au Conseil de l’Europe et pour négocier un accord de coopération avec l’Union Européenne. Au début des années 90, les sondages montraient que la population polonaise adhérait à cette idée de « retour à l’Europe ».

- A l’image du "retour à l’Europe"...
C’est surtout l’aile libérale de l’élite politique issue de la mouvance Solidarnosc qui s’est emparée de ce slogan pour étayer sa propre conception du processus de transition : réformes libérales et démocrates sur le modèle européen, supposant une réforme radicale de l’Etat, un passage accéléré à l’économie de marché et une rapide intégration aux organisations internationales occidentales et européennes. Cette idée du retour à l’Europe permettait alors de s’assurer, malgré les difficultés, du soutien de la population dans ce processus, et de contenir l’opposition en la forçant à se retrancher dans une posture conservatrice et anti-européenne. Cette stratégie a été celle adoptée par Adam Michnik et le journal Gazeta Wyborcza. Opposé à la décommunisation et aux poursuites judiciaires contre les anciens collaborateurs du régime, Gazeta Wyborcza insistait sur les valeurs démocratiques, libérales, en d’autres mots sur les valeurs européennes véhiculées par l’histoire et l’identité polonaises. Les opposants à cette ligne réclamaient quant à eux une évaluation morale et légale du passé comme pierre angulaire d’une nouvelle ère démocratique et d’un nouvel Etat polonais. Mais la stratégie adoptée alors par Adam Michnik et Gazeta Wyborcza a consisté à définir tout opposant à sa conception comme un ennemi de la démocratie, rangé dans le camp des nationalistes, chauvins, antisémites, xénophobes et autoritaires et, finalement, anti-européens.
Ce discours du « retour a l’Europe » a longtemps trouvé un large écho au sein de la population polonaise. Il s’est cependant usé avec les alternances politiques successives de la période postcommuniste, les affaires de corruption et les désillusions de l’intégration européenne. Et au fur et à mesure que le soutien à l’adhésion européenne faiblissait, on a vu renaître un nationalisme d’avant-guerre, celui véhiculé , certes souvent à demi-mots, par les frères Kaczynski.
De la Narodowa Demokracja aux frères Kaczynski
L’affaiblissement du discours sur le « retour à l’Europe » a donc laissé place à un autre discours, plus centré sur l’unicité et l’intégrité de l’identité polonaise, et sur la souveraineté de l’Etat. Si l’idée d’un « retour à l’Europe » s’inscrivait dans la tradition jagellonne d’un Etat polonais tolérant et ouvert, la conception aujourd’hui dominante, plus défensive, puise ses racines dans la tradition des Piast d’un Etat homogène, définitivement catholique et centré sur lui-même (voir encadré). Le mouvement d’extrême droite Narodowa Demokracja (ou Endecja), cofondé au milieu du 19e siècle par Roman Dmowski et actif jusqu’à la fin de la Seconde République en 1939, s’inscrit dans cette même tradition. Ce courant a fortement influencé la politique de « polonisation » menée par les gouvernements de la Seconde République. Cette polonisation était un mouvement de réappropriation par les polonais de leur destin politique : instauration d’une langue officielle, mise en place d’un système éducatif, d’institutions judicaires et militaires propres etc.
Mais ce processus de consolidation s’est également accompagné de tentatives d’assimilation des minorité ukrainiennes, biélorusses et lithuaniennes dans les campagnes à l’Est, ainsi que des communautés juives et germaniques dans les villes. Ce fut une période difficile pour les minorités présentes en Pologne. Mais plutôt que de se corrompre, il semblerait que la plupart des héritiers du mouvement Narodowa Demokracja soient entrés en résistance à partir de 1939, contre l’occupant Nazi d’abord, puis contre l’URSS.

- Andrzej Lepper
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Ancien ministre du gouvernement de J. Kaczyński, A. Lepper a quitté la coalition gouvernementale en aout 2007, provoquant ainsi les élections anticipées d’octobre 2007
Ce nationalisme centré sur l’unicité de l’identité polonaise fait aujourd’hui le lit du camp politique opposé à la modernisation et à l’intégration européenne. Héritier de la tradition de Narodowa Demokracja, ce camp est composé des partis politiques dont le nom résonne comme autant de programmes politiques : Samoobrona Rzeczpospolitej Polskiej (Autodéfense de la République de Pologne), Liga Polskich Rodzi (Ligue des familles polonaises) ou encore Polskie Stronnictwo Ludowe (Parti des paysans polonais), les deux premiers ayant fusionné en juillet 2007. Ce camp nationaliste bénéficie du soutien de la très controversée Radio Maryja et de l’aile conservatrice de l’Eglise catholique polonaise. Ayant opéré une percée lors des élections parlementaire en 2001, ces partis ont soutenu l’élection de Lech Kaczyński à la présidence de la république en 2005 et ont formé une coalition gouvernementale avec son parti, Droit et Justice, avec lesquels ils partagent leur électorat au sein de la population rurale et catholique pratiquante.
Si les frères Kaczyński et leurs alliés doivent leurs succès électoraux passés à la lutte anti-corruption dont ils se sont fait les chefs de file (en tout cas jusqu’à ce que Andrzej Lepper, chef de Samoobrona RP, ne soit rattrapé par les affaires), ils tiennent également leur popularité à cette image dévote et patriote qui plaît à leur électorat. Ils cultivent ainsi une identité nationale défensive, enracinée dans les frustrations du passé. Ce faisant, ils tournent le dos au choix opéré en 1989 du retour à l’Europe, cultivant le martyre et la méfiance à l’égard de ses voisins.

- Donal Tusk, leader de la Plate-forme civique
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Le futur premier ministre polonais a fait du retour de la Pologne en Europe un des thèmes de sa campagne. Trés populaire au sein des professions libérales et du monde des affaires, arriva-t-il néanmoins à s’imposer au sein de l’électorat des campagnes et chez les éléments plus conservateurs ?
Penser à nouveau l’ouverture européenne
Ce regard porté sur l’identité nationale polonaise nous permet de mieux comprendre l’emprise que peut avoir un discours comme celui des frères Kaczyński au sein de la population polonaise. L’histoire polonaise, pourtant, fournit aussi les ressources pour penser à la fois l’unicité de l’identité polonaise et son caractère européen et ouvert aux autres. Ainsi, certains considèrent que la vision romantique, au sens strict du terme, permet d’accommoder l’histoire polonaise et l’ouverture européenne. Cette vision romantique décrit la Pologne comme le sauveur des nations européennes contres les velléités des Tartares, des Turcs (la bataille Vienne en 1683, quand l’armée du roi Jan Sobieski a sauvé la ville de l’invasion turque), des Russes (la victoire contre les bolcheviques près de Varsovie en 1920) et des Cosaques, une image dépeinte par les écrivains romantiques et néoromantiques tels Alan Mickiewicz, Stanislas Wyspianbski et Henryk Sienkiewicz. C’est cette vision qui a inspiré le slogan « pour notre liberté et pour la vôtre » sur le drapeau des légions polonaises se battant pour la cause des autres nations européennes pendant le 19e siècle et pendant la seconde guerre mondiale, alors que la Pologne était privée de sa propre souveraineté. C’est aussi elle qui, mettant en exergue le rôle de la Pologne comme gardien de la culture et des valeurs européennes, a permis à l’Eglise de légitimer son soutien à l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne. Epurée de sa dimension messianique, cependant, qui lie de manière trop étroite l’identité européenne au christianisme, cette conception offre une vision positive de l’histoire polonaise, et légitime le processus d’européanisation sans que celui-ci ne signifie le renoncement identitaire. Autrement dit, la Pologne n’est pas condamnée, par nature, ou plutôt par culture, à rester éternellement en marge de la construction européenne.
La défaite électorale du Parti Droit et Justice (PiS) des frères Kaczinski et l’arrivée au pouvoir des libéraux de la Plate-forme civique (PO) est une nouvelle illustration de ce mouvement pendulaire, entre repli sur soi et « retour à l’Europe ». Bronislaw Komorowski, un responsable de PO, a ainsi déclaré le soir des élections : « Le rôle de la Plate-forme sera de rétablir la Pologne au cœur de l’Europe. » On peut s’en réjouir, tout en restant conscients de la complexité des rapports que les Polonais entretiennent avec leur histoire et leur identité nationale. Il serait ainsi quelque peu illusoire de penser que le processus d’ « Européanisation » de la vie politique polonaise découlera automatiquement et quasi-naturellement du changement politique à la tête de l’Etat, même si ce dernier pourrait contribuer à ramener la Pologne et les Polonais dans une posture plus pro-européenne.
Crédits photos : Reuters / NC / www.travel-projekt.com.pl / www.futura.pl
Espace réactions(5)
Après les frères Kaczynski, la Pologne revient de loin
Par Konrad Florczak, page perso : Mon blog, 22 octobre 2007
Cher Xavier,
Je tiens à vous remercier pour votre article qui résume enfin de manière claire et précise, ce que peut ressentir un polonais. Des textes comme les votres aident les francais à comprendre mon peuple, et mon peuple à se comprendre lui-même.
J’ai 23 ans dont 16 passé en France, j’ai mis une quinzaine d’années à comprendre qui j’étais, et surtout pourquoi j’avais des reactions et des opinions que mes camarades français prenaient pour du racisme ou de l’extremisme ; alors que ceci fait partie intégrante de mon éducation polonaise, etroitement lié à l’histoire de mon pays.
Vous avez su décrire en quelques dizaines de lignes ce que j’ai mis toute une adolescence à comprendre. Mes parents n’y arriveront sans doute plus, malgrè l’intégration française, les 30 ans passés en Pologne sous le joug communiste inscrit à jamais un nationalisme et une méfiance de l’autrui que l’on ressent au plus profond de soi-même.
POLOGNE : Après les frères Kaczynski, le "retour à l’Europe"
Par Kasimir Wolf, 23 octobre 2007
Malgré de quelques imprécisions et quelques erreurs, je note seulement deux pour ne pas pollué la page Samoobrona Rzeczpospolitej Polskiej (Autodéfense de la République de Pologne), Liga Polskich Rodzi (Ligue des familles polonaises) [.. .] les deux premiers ayant fusionné en juillet 2007. » Ce n’est pas le cas, la preuve au elections du 21 la LPR et Autodefense ont été deux parties autonomes. « Ce camp nationaliste bénéficie du soutien de la très controversée Radio Maryja et de l’aile conservatrice de l’Eglise catholique polonaise. » mais n’a jamais appuyée Autodéfense par exemple. L’article résume bien la situation politique dans ses constantes mais je dois admettre que je suis déçu car à l’instar des exemples cités au déçu il y a un miquemaque d’informations et induisent naturellement le lecteur dans l’erreur. Ainsi on s’oppose facilement au gouvernement monozygote mais on ne comprend les défis de la Pologne. Si on résume la position du PIS uniquement à son refus de la bureaucratisation bruxelloise et a quelques maximes provocatrice il devient apparent que leur politique était mauvaise. Mais qui se soucie vraiment du peuple dans tous ça, eux au moins ils ont essayés, les salaires ont augmenté de 25% en deux ans, les allocations et subventions ont été plus généreuses, les investissements ont plus nombreux qu’en 10 ans de social démocratie… mais bon l’élite est toujours centré sur elle-même. Merci pour la réplique
POLOGNE : Après les frères Kaczynski, le "retour à l’Europe"
Par Juan Frances, 23 octobre 2007
C’est tres interessant de lire votre analyse.
Il y a au moins deux erreurs, si vous permettez.
La partition finale de la Pologne datede 1772, et non de 1795 dont dont beneficia chaque fois l’Autiche catholique et bien pensante, cela semble etre souvent oublié.
L’ecrasement du soulevement de Varsovie fut celui du ghetto de Varsovie, alors le celebrer est tristement ironique quand on connait les sentiments polonais sur l’antisemitisme meme s’il y eut de nombreuses exceptions admirables. J’en parle helas en connaisance de nombreuse (s) cause (s).
La Pologne n’est pas et ne sera pas un nouveau Quebec ou une nouvelle Espagne qui ont su s’affranchir de leur nationalisme et du conservatisme ambiants pour entrer dans le XXeme siecle.
Il est vrai qu’ils ont prefere regarder devant eux. Il est vrai qu’ils avaient une economie plus riche et cela y a bien sur contribue...
Confondre souvenir du passe et vivre dans le passe est sans issue.
L’auteur de l’article rappelle tres justement "une evidence" :
il n’est pas de vision essentialiste ou linéaire de l’identité nationale qui tienne, en dehors des aveuglantes idéologies nationalistes .
Il y a 30/40 ans la Pologne aurait pu prendre son temps, aujourd’hui le train est en marche. Si elle monte a bord, elle ne peut freiner les choses ou se figer dans le temps sinon dans le passe. Il faudra qu’elle comprenne que 20% d’agriculteurs c’etait le pourcentage en France en 1963, qu’il faudra faire un remembrement ou que par exemple les cabillauds ne sont pas eternels. Dans les annees 60/70 et plus tard, les pays d’Europe occidentale se sont organises et ont tous consentis des sacrifices. La Pologne ne veut pas. A cette epoque il y avait des surplus qu’il a fallu gerer, ce ne fut pas facile. Aujourd’hui il faut gerer un risque de penurie de cabillaud dans la mer Baltique, et l’UE propose des subventions maintenant, mais les pecheurs ne veulent pas, on ne peut obliger personne. Sera-t-il possible plus tard d’aider les personnes qui auront auront detruit leur richesse et rarefie une espece ? L’avenir le dira.
POLOGNE : Après les frères Kaczynski, le "retour à l’Europe"
Par Xavier Le Den, 24 octobre 2007
@ Juan Frances Merci pour les précisions, mais je maintiens : 1795 est bien la troisième partition de la Pologne qui, après avoir vu son territoire réduit à deux reprises, a finalement été rayée de la carte géopolitique suite au soulèvement de 1794 ; quant au soulèvement de Varsovie en 1944 contre l’occupant Allemand, il ne doit pas être confondu avec le soulèvement du ghetto de Varsovie, en 1943, comme vous le faites.
@ Kasimir Wolf Effectivement, les deux partis nationalistes n’ont pas fusionné. J’en étais resté à une info de cet été. Les discussion entre les deux parti n’ont finalement pas abouti, ce que montre bien entendu la participation de chacun des partis aux élections législatives. Sur le fond, je ne suis pas d’accord avec vous : cet article propose une "clé de lecture". Mais la compréhension de la Pologne d’aujourd’hui, dans ses constances et ses inconstances, est évidemment à multiple entrée. J’ai choisi pour ma part la sociologie du nationalisme comme porte d’accès.
POLOGNE : Après les frères Kaczynski, le "retour à l’Europe"
Par David, 6 avril 2008
Article pour le moins interessant. La Pologne a ratifié il y a quelques jours le Traité de Lisbonne. Pour ma part, je regrette qu’un référendum n’ait pas eu lieu, pour trois raisons principalement :
d’abord pour confirmer encore un peu le retour de la Pologne en Europe, et ça aurait renforcer encore un peu plus le statut d’homme fort europhile de Donald Tusk,
ensuite pour légitimer dans ce pays la ratification d’un traité qui, mine de rien, a fait plus débat que dans un autre Etat membre pendant les négociations (l’Espagne et la Pologne étaient en effet les deux pays que génait le plus la mise en place de la double majorité au Conseil)
également pour permettre à ce pays de rendre juridiquement contraignante la Charte des droits fondamentaux (ce qui aurait isoler un peu plus les eurosceptiques britanniques) et éviter d’avoir à adopter en même temps que le traité une déclaration imposer par les frères Kazinsky proclamant la défense de la souveraineté nationale polonaise.
Enfin bref, on ne peut que se réjouir du retour de ce pays en Europe, d’autant plus que le gouvernement est à l’heure actuelle toujours très populaire, alors que le parti des jumeaux conservateurs a vu sa côte de popularité baisser dans les sondages ces derniers mois.
La Pologne est, comme les autres PECO qui ont adhéré en 2004-2007, encore assez discrète sur ses ambitions pour l’Europe, sur les impulsions qu’elle peut donner. Or, si le couple franco-allemand est toujours nécessaire, tout le monde s’accorde pour dire qu’il n’est plus suffisant. C’est là que la Pologne peut jouer tout son rôle, elle aurait d’ailleurs de la légitimité à le faire. Après une phase d’euroscepticisme, l’Espagne de Zapatero est revenu dans l’Europe, collée au couple franco-allemand. Symboliquement, il serait agréable de voir la Pologne amorcer un tel virage. Lorsqu’on regarde en arrière et que l’on considère les grands noms de la construction européenne : la génération des Pères fondateurs (Monnet, Schuman, de Gasperi, Adenauer...), celle des constructeurs (Giscard, Schmidt, Mitterrand, Kohl, Delors...), voit-on des noms de personnalités de l’Est ? Non, la cause étant l’existence du Rideau de fer. Aujourd’hui, les hommes forts de l’Est doivent voir leurs noms ancrer parmi ceux de la construction européenne. On peut espérer que Donald Tusk joue un tel rôle dans les années à venir.
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- Histoire de la Pologne (en anglais)
- Kasprzyk
- Site officiel du premier ministre polonais (en anglais)
- The chancellerie of the Prime Minister









