ALLEMAGNE : Dernières nouvelles de campagne

Tout sauf la « grande coalition »
Alors qu’il y a encore deux semaines aucun des observateurs en Allemagne n’imaginait autre chose qu’une victoire de la CDU et du FDP aux élections législatives et donc l’arrivée au pouvoir d’Angela Merkel, les sondages désormais montrent que l’issue du scrutin est très incertaine. Beaucoup pensent que la CDU n’aura pas la majorité suffisante avec le FDP et devra donc faire alliance avec le SPD. Mais le dernier sondage de l’institut Allensbach ce vendredi 16 septembre annonce une courte victoire de la coalition CDU-FDP. Cette situation floue est due à un nombre d’électeurs indécis anormalement élevé pour une élection de ce type (environ 30 % selon Allensbach).
Il n’est donc pas impossible que la victoire annoncée de Merkel se transforme en reconduction de la coalition rouge-verte. Il faut dire que la campagne est très intense et ne se terminera que le dimanche 18 septembre juste avant l’ouverture des bureaux de vote. Comme à son habitude Joschka Fischer est « celui qui mouille le plus la chemise » dans la campagne. Il se montre en tribun très efficace en mettant notamment l’accent sur l’incompétence de la CDU en matière de politique étrangère et la nécessité de poursuivre sur la voie du multilatéralisme. Il critique également la position de A. Merkel sur la Turquie et indique à propos de la lutte contre le terrorisme international que « la tolérance est notre meilleure arme ». Du côté de la CDU, le débat interne sur le rôle de P. Kirchhof, fervent défenseur de l’introduction de la « flat tax [1] » en Allemagne, donne une image d’un camp assez divisé. C’est au niveau des « petits » partis que tout va se jouer vraisemblablement. Pour éviter une « grande coalition » (CDU-SPD), les Verts et le FDP essaient d’attirer la deuxième voix dont dispose chaque électeur pour déterminer à la proportionnelle le nombre de sièges dévolus à chaque parti [2].
La majorité des acteurs économiques et politiques souhaitent éviter à tout prix une grande coalition, synonyme de paralysie et d’inefficacité de l’action publique. Il semble en effet qu’une telle configuration s’avèrerait très négative et pour les promoteurs des réformes socio- économiques menées par Schröder et pour les partisans d’un retour à une politique de type expansionniste.
Les Allemands ont sûrement besoin avant tout d’un cap clair et d’un projet politique et économique cohérent qui prenne sa place dans le contexte européen. Dans cet perspective, il serait préférable pour les sociaux-démocrates qu’ils soient dans l’opposition plutôt qu’aux commandes avec la CDU.
[1] La « flat tax » consiste en un impôt unique (même impôt pour tous les agents économiques, ménages et entreprises) et proportionnel (puisque le taux est le même quelque soit la rémunération). Elle a été introduite dans de nombreux pays d’Europe Orientale (les pays Baltes, la Slovaquie, la Roumanie…) et trouve de nombreux promoteurs au Royaume-Uni mais aussi en Allemagne. Une des plus grandes critiques à l’encontre de la « flat tax » est qu’elle rompt avec le principe de progressivité censé être plus juste socialement. Ces promoteurs affirment de leur côté qu’elle engendre de meilleures rentrées fiscales.
[2] Lors des élections législatives, chaque électeur dispose de deux voix pour élire les 656 Députés. La première (Erststimme) constitue un vote personnel pour un candidat particulier (d’un parti) dans l’une des 328 circonscriptions uninominales. La seconde (Zweitstimme) est un vote pour un parti d’après une liste de parti à l’échelle de l’état fédéral (Landesliste). Les candidats peuvent se présenter dans les circonscriptions uninominales aussi bien que pour la liste de parti. Les candidats qui obtiennent la majorité dans les circonscriptions uninominales sont élus (Direktmandate). Toutefois, le second vote détermine combien de représentants seront envoyés par chaque parti au Bundestag. À l’échelon national, toutes les deuxièmes voix (Zweitstimme) accordées aux partis sont additionnées. Seuls les partis ayant obtenu plus de 5 % des suffrages au plan national, ou bien ayant trois députés élus par les circonscriptions uninominales, sont retenus pour l’attribution nationale des sièges du scrutin de liste





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