ALLEMAGNE : entre réformes économiques et changement politique, quelle vision européenne ?



Alors que la crise en Europe menace, l’idée d’une Union franco-allemande resurgit, défendue plutôt du côté français d’ailleurs. Si cette idée peut apparaître bien saugrenue, elle révèle une nécessité stratégique pour la France : dans une Europe élargie, dont le modèle économique et social dominant n’est pas celui qu’elle prétend incarner, elle cherche à exister et à se trouver des partenaires. Quelle est la vision allemande dans tout ça, tant au niveau économique que politique ?

Aspect économique : l’insoluble problème du chômage ?

Depuis le début des années 2000, l’Allemagne connaît des difficultés économiques importantes qui se sont traduites par un chômage plus élevé que dans la moyenne des pays de l’Europe des 15 (cf. tableau ci-dessous). Les raisons de cette difficulté sont non seulement conjoncturelles (faible croissance, demande des ménages en retrait) mais aussi structurelles (charges sociales élevées, taux d’emploi faible, particulièrement dans le secteur tertiaire à bas salaires). L’augmentation du chômage a parallèlement aggravé la situation des finances de l’Etat et réduit les marges de manœuvres pour une politique volontariste de la demande. C’est pour remédier à cette situation difficile que le gouvernement allemand a lancé en 2003 une série de réformes de grande ampleur proposées par une commission d’experts (la commission Hartz) et regroupées sous le nom d’Agenda 2010. Cet agenda comprend trois grands paquets de réformes : des réformes relatives au marché du travail, des réformes relatives à la sécurité sociale et enfin des réformes pour améliorer la compétitivité et la capacité d’innovation de l’Allemagne. Concernant les mesures relatives au marché du travail, on peut signaler la réforme de l’agence fédérale pour l’emploi qui est censée travailler de manière plus efficace et offrir des services plus individualisés et non plus seulement gérer les demandes et offres d’emploi. Autre nouveauté : les procédures de licenciements ont été simplifiées pour les petites entreprises. La création d’entreprises par les chômeurs a été facilitée. Enfin l’assurance chômage a été diminuée et combinée avec l’aide sociale. Concernant la protection sociale, les réformes ont touché les retraites et l’assurance maladie et ont conduit à une plus grande participation des patients dans la prise en charge financière des soins de santé : par exemple, alors que jusqu’à présent les patients ne déboursaient pas d’argent lors de leur visite chez le médecin, ils doivent désormais payer une somme forfaitaire de 10 €. Toutes ces réformes ont suscité des mécontentements, notamment chez les adhérents et dans l’électorat SPD. Et ceci d’autant plus que le chômage depuis 2003, contrairement à ce que le gouvernement avait annoncé, ne faiblit pas mais augmente. Même si l’Agenda 2010 ne porte pas encore ses fruits, il a le mérite de lancer des réformes de fond nécessaires : est-ce à dire que le modèle rhénan de capitalisme est mort sous les coups de butoir de la globalisation ? L’UE peut-elle réellement s’inspirer de l’économie sociale de marché à l’allemande pour fonder son propre modèle socio-économique ?

Tableau : le taux de chômage dans quelques pays de l’OCDE

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La situation politique : Angela Merkel, bientôt première chancelière allemande ?

L’Agenda 2010 est la pierre d’angle de l’action du gouvernement Schröder mais ces réformes, qui semblent arriver trop tard et les résultats, qui se font trop attendre, ont provoqué un affaiblissement politique irréversible de Gerhard Schröder. Gerhard Schröder a-t-il été inactif pendant sa première législature, de 1998 à 2002 ? Lors de son premier mandat, son gouvernement n’a pas donné l’impression d’amorcer de vraies réformes face aux problèmes économiques. La campagne des élections de 2002 s’annonçait difficile pour G. Schröder mais il sut affirmer des positions claires sur l’Irak face au candidat Edmund Stoiber ; les inondations de cet été-là et ses actions

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de terrain lui permirent de redorer son image auprès de la population et il eut le soutien précieux de Joschka Fischer, son ministre – vert - des affaires étrangères, alors au faîte de sa popularité. D’autre part, la CDU, éclaboussée par un scandale de dons financiers non déclarés, était affaiblie. La coalition SPD-Verts tenta lors de son deuxième mandat de réaliser des réformes importantes : l’Agenda 2010, dont fait partie la réforme de Hartz IV, est une tentative de réforme du modèle social allemand. Les réformes ont-elles été mal expliquées ? Les résultats se sont-ils trop fait attendre ? Peu à peu, la CDU a conquis au gré des élections régionales de plus en plus de Länder ; la perte de la Rhénanie du Nord-Westphalie, Land le plus peuplé d’Allemagne et bastion de la SPD, a annihilé les derniers espoirs de Schröder en faisant basculer le Land à droite. Comme près de 2/3 des sièges du Bundesrat sont aux mains des représentants de la CDU/CSU, le chancelier s’est alors décidé à poser la question de confiance au Parlement le 1er juillet pour pouvoir organiser des élections anticipées. L’accélération des événements a conduit la CDU à adouber définitivement Angela Merkel comme candidate à la chancellerie. Première femme candidate à ce poste et premier(e) candidat(e) originaire de l’ancienne RDA, qui est donc « Angie » et que propose celle que certains médias comparent à Margaret Thatcher ? Angela Merkel entre à la CDU en 1990, elle est députée de la Poméranie du Nord, Rügen et Stralsund et elle est deux fois ministre fédérale : de 1991 à 1994, pour les femmes et la jeunesse, de 1994 à 1998, pour l’environnement, la protection de la nature et la sécurité des réacteurs nucléaires. Depuis septembre 2002, elle est présidente du groupe parlementaire CDU/CSU. A la question d’un sondage de l’hebdomadaire Der Spiegel du 20 juin, demandant si les personnes souhaitaient voir Mme Merkel jouer un plus grand rôle dans la vie politique, 63% des personnes interrogées ont répondu par l’affirmative et Angela Merkel est la deuxième politicienne préférée des allemands, derrière Horst Köhler. Les derniers sondages donnent la CDU gagnante à 46%, contre 28% pour la SPD (Der Spiegel, 20 juin). Pourtant, il est encore très difficile de se faire une idée précise sur ce que souhaite et ce que défend Angela Merkel. Son programme et ses déclarations sont peu claires et elle semble suivre la tactique de Jürgen Rüttgers, le nouveau ministre-président du land de Rhénanie du Nord-Westphalie, qui a évité pendant toute sa campagne les prises de positions claires et n’avait qu’un ou deux points-clefs, qu’il martela sans relâche. Mme Merkel n’a pas encore choisi ses thèmes-clefs, elle les énoncera le 11 juillet, lors de la présentation de son programme. La CDU présente de nombreuses sensibilités et de nombreux désaccords quant aux réformes à mener. A. Merkel, présentée comme très libérale parmi les têtes pensantes du parti, décidera-t-elle des réformes plus dures ou suivra-t-elle le chemin emprunté par la SPD, en approfondissant leurs réformes ?

L’axe franco-allemand et les enjeux européens

On peut se poser la question des conséquences de la situation politique en Allemagne sur les relations franco-allemandes et le processus d’intégration européenne. Alors que jusqu’à la fin des années 90, on peut considérer, à l’instar de certains observateurs, que la France a en quelque sorte utilisé l’Allemagne pour poursuivre ses objectifs de politique européenne, l’arrivée de Gerhard Schröder au pouvoir a conduit à une plus grande autonomie de la politique étrangère allemande et à des tensions plus importantes entre Paris et Berlin (la réforme de la PAC par exemple). Aujourd’hui et malgré le référendum français sur la Constitution, l’entente semble être de nouveau à l’ordre du jour. Il s’agit en effet pour les deux pays d’exister face au Royaume-Uni. Qu’en sera -t-il avec A. Merkel à la tête de la RFA ? L’attitude d’A. Merkel à l’occasion du Conseil européen de Bruxelles de juin 2005 est à cet égard révélatrice d’un possible changement : la candidate de la CDU s’est ouvertement alignée sur la position britannique concernant la PAC et la nécessité de consacrer davantage de ressources budgétaires à la recherche et à l’innovation. Elle défend une vision atlantiste de la politique étrangère européenne (PESC). Cependant, la CDU est opposée à l’entrée de la Turquie dans l’UE (contrairement à Tony Blair). Sur ce point, un couple franco-allemand mené à partir de 2007 par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel pourrait faire bloc face aux défenseurs zélés de l’élargissement.

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28 juin 2005

Par Anne-Lise BARRIERE, Julien DIJOL

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