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ALLEMAGNE : incertitudes européennes pour une victoire assurée

A un peu moins de 3 semaines des élections législatives, les jeux ne sont pas faits. Même si G. Schröder paraît isolé et usé et même si la CDU est toujours largement en tête dans les sondages, les Allemands jugent Schröder plus crédible qu’A. Merkel. Le nouveau parti de gauche quant à lui, reste à 8% et son chef de file Oskar Lafontaine ne séduit pas. Jamais pourtant la CDU n’a été aussi proche de la victoire. Une victoire de « Angie » aurait des répercussions importantes sur les relations franco-allemandes et la construction européenne.

La situation politique actuelle en Allemagne

Le 18 septembre, les Allemands éliront une nouvelle assemblée législative, le Bundestag, qui elle-même élira un nouveau Chancelier. Gerhard Schröder n’a pas réussi à imposer les réformes contenu dans l’Agenda 2010 : il a subit une défaite électorale dans le Land de Rhénanie du Nord -Westphalie, Land le plus peuplé d’Allemagne et bastion historique des Sociaux-démocrates ; il a dû faire face à l’opposition du Bundesrat, la Chambre Haute, de l’aile gauche du SPD, des syndicats et d’une large partie de l’opinion publique. Pour continuer son action, il lui fallait donc un nouveau mandat et un nouvel élan politique. En appelant les Allemands aux urnes, il voulait également rassembler son parti autour d’une seule ligne et faire taire les oppositions internes.

Pourtant il semble que G. Schröder a déjà perdu la campagne avant même que celle-ci ait réellement commencé. En effet un nouveau parti à la gauche du SPD s’établit progressivement. Celui-ci ainsi que le parti post-communiste PDS totalisent déjà dans les sondages 9% des voix. Il apparaît que ces voix proviennent pour une grande part de l’aile gauche du SPD. Les sondages laissent apparaître que si les élections avaient lieu maintenant, une coalition CDU/CSU-FDP l’emporterait avec 49% des voix contre 48% à l’alliance du SPD, du PDS, du nouveau parti de gauche (simplement baptisé "la Gauche") et des Verts. D’ailleurs même si une courte majorité était accordée à cette coalition de gauche, elle ne représenterait en aucun cas une base solide afin que Schröder puisse imposer son Agenda 2010. En effet ni les Verts, ni le SPD, ni Schröder lui-même ne souhaite gouverner avec l’alliance PDS-le Gauche. Dans ce cas, une grande coalition SPD-CDU pourrait voir le jour avec Angela Merkel en position de force puisque il est très probable que la CDU récolterait plus de voix que le SPD. Que cela soit dans cette configuration ou avec une coalition majoritaire CDU-FDP, Angela Merkel deviendrait la première Chancelière de la République Fédérale d’Allemagne.

Quelles conséquences l’avènement d’Angela Merkel aurait-il sur la politique européenne de la RFA ainsi que sur les relations franco-allemandes ?

Le programme en matière de politique européenne de la CDU est pour une grande part semblable à celui de l’actuelle coalition SPD-les Verts. Il y a pourtant des divergences fondamentales : la CDU par exemple refuse catégoriquement l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne et propose à la place " un partenariat privilégié " avec Ankara. Sur le plan économique, la CDU n’est pas en faveur d’un relâchement des critères du Pacte de Stabilité et de Croissance. De manière plus générale, A. Merkel souhaite une politique européenne moins axée sur la relation franco-allemande et plus marquée par l’implication des " petits " Etats membres de l’UE. A. Merkel est également critique à l’égard de l’axe Paris-Berlin-Moscou qui a suscité la méfiance des nouveaux états membres et conduit à des tensions importantes, comme lors de la guerre en Irak. Un tel revirement en matière de politique européenne ne plairait sûrement pas à Jacques Chirac. Que cela soit sur la Turquie, le Pacte de Stabilité, l’embargo sur les armes à l’encontre de la Chine, les conceptions de J. Chirac et d’A. Merkel sont divergentes et leur collaboration serait vraisemblablement limitée au strict nécessaire et ne serait en tout cas pas marquée par la camaraderie qui existe apparemment entre le Président français et l’actuel Chancelier fédéral.

Divers scénarii pour les relations franco-allemandes

Merkel a davantage de points communs avec Nicolas Sarkozy. Dans leur déclaration commune, la CDU et l’UMP prennent position contre l’entrée de la Turquie dans l’UE, pour un renforcement des relations transatlantiques et pour une politique socio-économique qui soit plus proche des idées de Tony Blair que des idées développées par Dominique de Villepin dans ses réflexions en cinq points sur le modèle social européen. L’élection des deux leaders conservateurs pourrait créer un tandem qui serait proche de Londres. Par exemple A. Merkel soutient la position défendue par T. Blair en matière de politique agricole commune (contre la position française). Nicolas Sarkozy, de son côté, considère que le moteur franco-allemand n’est plus adapté aux défis que connaît l’UE. Les deux leaders souhaitent donc favoriser d’autres partenariats, entre 3 ou 6 Etats membres par exemple. En regardant dans le passé, on peut voir que G. Schröder avait lui aussi eu cette ambition de se rapprocher du Royaume-Uni afin de favoriser l’émergence d’une Troisième Voie socio-économique. Il avait cependant très rapidement dû se plier à la réalité de la politique européenne selon laquelle toute tentative d’affaiblissement de l’axe franco-allemand conduisait pour ces deux pays à un affaiblissement de sa propre position.

Pourquoi cet axe franco-allemand est-il une réalité de la politique européenne ? Pour les deux pays, il semble qu’il n’y ait pas d’autres partenaires fiables. En effet, le Royaume-Uni est partagé entre une loyauté européenne et une loyauté atlantiste ; l’Italie est marquée par un paysage politique fragmenté et un gouvernement assez instable ; l’Espagne et la Pologne ont des structures économiques très différentes. L’idée d’élargir la relation privilégiée franco-allemande à d’autres pays ne pourrait par conséquent pas être fructueuse. Même dans une Europe à 25, les deux pays ont raison de vouloir coordonner leurs politiques et de représenter leurs intérêts communs. Mais dans le même temps, le Président français et le Chancelier allemand doivent éviter de donner l’impression que leur partenariat est un moyen d’imposer un modèle socio-économique aux autres Etats membres, notamment les plus petits. Deux Etats ne peuvent plus se contenter aujourd’hui de développer des positions communes et de représenter des intérêts communs. Ils doivent également consulter les " grands " aussi bien que les " petits " Etats, notamment les nouveaux entrants. Ces derniers ont récemment recouvré leur liberté après des décennies sous le joug communiste ; ils réagissent par conséquent de manière très vive lorsqu’ils sont soumis à la pression politique d’Etats plus grands.

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2 septembre 2005

Par Jan SCHARLAU

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