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COMMERCE MONDIAL : Désaccords européens en vue des futures négociations de l’OMC à Hongkong

Réunion d’urgence au Luxembourg, sur le champ de bataille agricole

Importantes baisses de subventions agricoles annoncées des deux côtés de l’atlantique. Les pays en voie en développement applaudissent. Mais les pays européens qui bénéficient le plus de la PAC ne comptent pas se laisser faire. L’UE divisée en deux camps, alors qu’une réunion exceptionnelle des ministres des affaires étrangères de l’UE se tient au Luxembourg pour régler les questions commerciales. Inconciliables ?

Annonce américaine, réaction européenne

Les Etats-Unis ont affirmé vouloir baisser fortement leurs subventions agricoles : une réduction de 60 % en cinq ans, annonce faite le 10 octobre 2005 par Rob Portman, le représentant américain au Commerce. C’est un geste qui suit la promesse faite par Georges Bush en septembre à l’ONU de réduire d’au moins 2 milliards de dollars les subventions aux « farmers » américains, et qui a ravi les pays les plus pauvres, largement lésés dans les échanges commerciaux mondiaux par le protectionnisme des plus riches. Cette décision américaine, qui comporte une part de volontarisme certaine et qui implique, selon les mots de Rob Portman, des sacrifices pour le secteur agricole outre-atlantique, est également une monnaie d’échange face aux politiques agricoles japonaise et européenne, les deux plus protectionnistes du monde. Aux fins de réciprocité, les Etats-Unis ont demandé à ce que le Japon et l’Union Européenne engagent une réduction de 80% sur cinq ans. L’objectif est de débloquer les futures négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui se tiendront en décembre à Hongkong. Les dernières négociations de l’OMC, qui s’étaient tenues lors de la réunion interministérielle de Cancun au Mexique en septembre 2003, avaient connu un échec retentissant lié au manque de volonté des Européens, des Américains et des Japonais, notamment, de vouloir faire un geste en la matière : ils s’étaient confrontés à un véritable « mur » de pays en développement soutenus par la plupart des ONG. Le libre échange n’est en effet une bonne chose que s’il s’accompagne d’engagements réciproques et équitables (voir à ce propos notre fiche pratique sur le principe de libre circulation). Le très libéral commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, a donc emboîté le pas la semaine dernière, annonçant que l’UE était prête à réduire de 70% les aides internes aux agriculteurs et de 60% les tarifs douaniers européens les plus élevés. Selon le président de l’OMC et ancien commissaire européen au commerce, Pascal Lamy, l’offre américaine serait cinq fois plus ambitieuse que l’offre européenne.

Inconciliables Européens

La levée de bouclier a pourtant été immédiate. 13 pays européens emmenés par la France (comprenant notamment l’Espagne, le Portugal, la Grèce, la Pologne et la Hongrie) et soutenus par le puissant lobby agricole européen COPA-COGECA se sont plaints du fait que la commission européenne ne respectait pas son mandat et risquait de mettre les agriculteurs européens en difficulté : elle a procédé à une annonce essentielle sans en consulter les principaux intéressés. Sur ce, Mandelson rétorque qu’il doit pouvoir faire des « offres exploratoires », des sortes de tests des partenaires européens plutôt que d’être limité dans son action par la nécessité d’obtenir à chaque fois l’aval des Etats membres ; à n’en pas douter, s’il est important que les commissaires européens aient suffisamment de latitude pour pouvoir agir, cette attitude revendiquée vise également à mettre la pression pour que certains Etats cèdent du terrain. En outre, soutenu par la présidence britannique et les pays scandinaves, il a indiqué qu’il était dans la ligne européenne du principe de la libéralisation des marchés. Et qu’il n’était pas question de diminuer le budget agricole : il s’agirait plutôt de réorienter les subventions vers les types d’aides les moins susceptibles d’entraver le commerce mondial. Visant à résoudre ce problème, la réunion extraordinaire des ministres des affaires étrangères de l’UE, qui se tient à Luxembourg ce mardi 18 octobre, risque donc de se solder par un échec. Or, la position européenne conditionne fortement le succès ou l’échec des futures négociations de l’OMC. En matière commerciale, l’ensemble des pays de l’UE sont représentés au niveau international par la commission européenne, l’UE ayant une compétence exclusive dans ce domaine. Elle est donc censée parler d’une seule voix, au nom de tous ses membres, à l’OMC.

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18 octobre 2005

Par Mathieu COLLET

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