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EUROPE DES REGIONS : autre chose qu’un slogan ?


EUROPE DES REGIONS : autre chose qu'un slogan ? 18 février 2006, Par Pascal GOERGEN

L’Europe des régions est un thème qui a le vent en poupe, à l’heure ou les pays de l’Union Européenne choisissent de plus en plus la voie d’une décentralisation accrue voire du fédéralisme, à l’image de l’Espagne ou de l’Italie récemment. Comment ce régionalisme croissant résonne-t-il dans les institutions européennes à Bruxelles ? Pascal GOERGEN nous donne son point de vue - de diplomate -, lui qui assume une tâche peu commune : représenter auprès de l’UE la région de "Bruxelles capitale", qui n’est autre que la région d’accueil des institutions et de concentration géographique du pouvoir européen.


Pascal GOERGEN, est le Représentant de la Région de Bruxelles-Capitale auprès de l’Union européenne et assume cette tâche de diplomate depuis novembre 2000. Son site web : www.goergen.be


EUROS DU VILLAGE : A partir de 2007, beaucoup de régions des anciens Etats membres vont perdre des sommes importantes en terme de fonds structurels par rapport à la dernière période de programmation (2000-2006), et ce principalement du fait de la nouvelle donne liée à l’élargissement. Quel est l’impact de la nouvelle politique de cohésion sur votre région ?

Pascal GOERGEN : La région Bruxelles capitale devrait obtenir quasiment la même chose que ce qu’elle avait auparavant, c’est à dire que, dans l’état actuel des choses, l’estimation se chiffre à 200 millions d’euros (sous réserve d’une surprise de dernière minute). L’impact pour la région de Bruxelles capitale n’est donc pas négatif, il est même positif. En effet, Bruxelles capitale, avec tout un réseau de villes européennes dont Paris et Berlin, a mené une action de lobbying assez intensive dans la période de préparation de cette nouvelle politique de cohésion, afin de donner plus de place à la dimension urbaine dans celle ci. Cette action a donné ses fruits puisque la dimension urbaine est aujourd’hui pleinement incluse dans la politique régionale au sein des programmes opérationnels de chaque pays.

EDV : On comprend assez facilement pourquoi les régions des Etats membres trouvent important d’être représentées à Bruxelles. Cela n’est pas si évident pour Bruxelles-capitale, étant donné que vous êtes par définition sur place… Quelle est donc la raison d’être de votre représentation, et quelle est votre spécificité par rapport à d’autres régions ?

PG : Effectivement la représentation de la région de Bruxelles capitale est un cas particulier : son statut et ses activités se rapprochent davantage d’une représentation permanente que d’une représentation de région classique. En effet, la Belgique étant un Etat fédéral, les 3 régions fédérées assurent tour à tour la représentation de la Belgique au Conseil sur les questions en lien avec leurs compétences. Ces compétences sont vastes dans la mesure où la Belgique est arrivée à un stade très avancé de régionalisation, et les régions sont même dotées de compétences en matière de relations extérieures. Les régions belges ont donc un statut et des contacts privilégiés par rapport aux autres régions d’Europe. Bruxelles capitale dispose en outre d’un poids politique particulier, parce que c’est une région à pouvoir législatif, mais aussi du fait de son statut de capitale européenne. Ce poids politique particulier nous permet de mener davantage d’actions de lobbying direct et d’influencer les politiques de l’union en amont, ce qui n’est pas toujours le cas pour une représentation de région traditionnelle. Nous travaillons donc davantage avec la Commission et le Conseil en phase pré-législative, qu’avec le parlement.

EDV : Certains affirment que l’Europe des régions n’est qu’un slogan vendeur. Est-elle pour autant une réalité ?

PG : Tout à fait. La preuve en est qu’on comptait 10 représentations de régions à Bruxelles en 1994, on en compte actuellement 228. Le fait régional ou local est à mon sens la voie de l’avenir de l’Europe. A l’heure où l’échec de la Constitution a montré combien l’Europe était loin des citoyens, à l’heure où l’on parle de "bonne gouvernance" au sein de l’UE, je pense que le niveau local et régional est amené à jouer, pour l’avenir de l’Europe, un rôle privilégié. L’Europe doit être expliquée au niveau local, il faut montrer aux citoyens que l’Europe les touche directement. La région de Bruxelles capitale a par exemple créé le « bureau de liaison Bruxelles-Europe ». Celui-ci est chargé de faire connaître l’Europe aux bruxellois, et de faire connaître Bruxelles aux européens qui y vivent. C’est à mon sens la base de la citoyenneté européenne. Le récent plan D (Débat, dialogue, démocratie) de la Commission européenne est à cet égard une piste intéressante qui-je l’espère- ira dans le bon sens et permettra de faire aimer l’Europe aux citoyens.

Le Comité des régions, quant à lui, a aussi un rôle tout à fait important à jouer dans la mise en oeuvre du plan D de la Commission puisque, en plus de veiller au respect de la subsidiarité, il sera un lieu d’information et de discussion sur le rôle des régions dans le processus décisionnel. Le comité des régions a d’ailleurs été consulté par la Commission pour émettre des propositions sur les modalités de mise en œuvre du plan D au niveau local. Le comité des régions ne fait pas partie du triangle institutionnel et décisionnel européen au sens strict du terme. Toutefois, ses bonnes relations avec la commission, toujours dans cette optique de bonne gouvernance, font que ses avis sont loin d’être inintéressants.

Quant aux nouveaux Etats membres, d’aucuns diront qu’ils n’ont pas une forte tradition régionaliste. C’est évident, mais tout cela a considérablement changé ces dernières années dans la perspective de l’adhésion. La Pologne est un bon exemple de cet ancrage de plus en plus grand d’une logique régionale. Le fait que la grande majorité des régions des nouveaux Etats membres aient déjà une représentation à Bruxelles illustre également combien ces pays considèrent avec de plus en plus d’intérêt le rôle des entités locales et régionales.





© Euros du Village ASBL




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