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Economie : la décroissance, une fausse bonne idée

Les années 70, après 1968 et en pleine crise énergétique, avaient apporté leur flot de contestataires des modes de vie moderne, de pourfendeurs de l’économie de marché, de tenants de la « croissance zéro ». Dans le sillage de ces mises en cause apparaissait le concept de développement durable. Aujourd’hui, alors qu’est réclamé un objectif de croissance dans les obligations de la banque centrale européenne et que tous les dirigeants européens affirment que nous en manquons – au point que ce constat ne fasse même pas l’objet de désaccord -, certains manifestent contre ce qu’ils appellent « l’idéologie de la croissance » (Le Monde du 7 juin 2005).

Stéphane Bonnevault dans son « Développement insoutenable » nous rappelle une (triste ?) vérité : le socialisme et le capitalisme sont les deux faces d’un même projet, à savoir, développer les forces productives afin de répondre aux besoins humains. Par conséquent, pour ces deux variantes, la croissance est indispensable, fondamentale. Or l’écologie radicale nous dit que la croissance, même à la sauce « développement durable », n’est plus soutenable. Voilà la femme ou l’homme progressiste, pétri de conscience environnementale, bien mal à l’aise : y’ aurait-il antinomie entre progrès (c’est à dire émancipation et libération par rapport aux contraintes qui pèsent sur l’Homme) et préservation des ressources naturelles, du milieu et à terme de l’Homme lui-même ?

Jacques Généreux lance des pistes de réflexions. Après avoir montré le caractère « politiquement impossible et socialement inacceptable » de la décroissance, il propose "une autre croissance qui substitue progressivement la consommation de services immatériels et de matière recyclée aux biens dont la fabrication détruit le patrimoine naturel. Une voiture fabriquée avec les matériaux d’une ancienne voiture et consommant de l’électricité solaire ou éolienne n’est pas produite « au prix d’une baisse du nombre de vies à venir". "Cette économie fondée sur le recyclage des énergies propres et l’essor des services, pourrait à la fois assurer le plein-emploi et le progrès du niveau de vie. Certes, elle implique une autre conception du niveau de vie, qui renonce notamment à l’accumulation indéfinie de biens matériels. Mais si cette mutation culturelle est tout sauf triviale, elle est déjà en cours pour une partie des populations du Nord et elle sera plus aisée pour les trois quarts de l’humanité dont le niveau de vie repose déjà essentiellement sur des biens relationnels et non sur des consommations matérielles".

Généreux parle de plein emploi ou de progrès de niveau de vie. Ce sont des objectifs propres aux pays du Nord. En outre, améliorer l’accès à l’eau potable ou lutter contre les pandémies ne pourrait que difficilement aller de pair avec la décroissance.

Quoiqu’il en soit, matière à débat !

Pour en savoir plus sur le sujet :
- Le Monde du 7 juin 2005, "Des militants organisent une marche pour combattre l’idéologie de la croissance"
- BONNEVAULT Stéphane, Développement insoutenable. Pour une conscience écologique et sociale
- GENEREUX Jacques, "Le développement durable est-il soutenable ?"
- GEORGESCU-ROEGEN Nicholas, La décroissance. Entropie - Écologie - Économie
- Institut d’études économiques pour la décroissance soutenable

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10 juin 2005

Par Julien DIJOL, Mathieu COLLET

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