INNOVATION : l’ambition impossible de l’Institut Européen de Technologie

Le projet de MIT européen victime des intérêts nationaux ?
Le projet d’Institut Européen de Technologie (IET) remonte au printemps 2005, lorsque José Manuel Durao Barroso propose aux chefs d’Etat et de gouvernement européens la création de l’équivalent européen du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Dans le contexte de la révision de la stratégie de Lisbonne, la promotion de l’innovation technologique avait en effet été placée en tête des priorités sur l’agenda européen. Depuis plus d’une décennie, le constat de l’existence d’un « fossé technologique » européen est sans cesse réitéré : l’Europe obtient de bons résultats en termes de recherche fondamentale et de publications scientifiques mais ces résultats se traduisent peu en innovations technologiques et produits commercialisables. En conséquence, un fossé s’est creusé entre l’Europe et ses concurrents américains et japonais, fossé interprété comme l’une des clés du déficit de croissance en Europe. Ce diagnostic explique que les dirigeants européens aient tourné les yeux Outre Atlantique pour trouver des modèles de réussite à imiter.
Une référence américaine
Le MIT offre à cet égard un modèle particulier, alliant sur un même site enseignement et recherche de pointe dans diverses disciplines – principalement sciences et technologies mais également management, économie, droit, urbanisme, etc – ainsi qu’une proximité avec le monde industriel. C’est un tel modèle que le président de la Commission souhaitait reproduire en Europe. En mars 2005, le président Barroso déclare : « l’excellence a besoin de fers de lance, c’est pourquoi nous devons construire un IET (Institut Européen de Technologie) ambitieux, mobilisant les meilleurs cerveaux et les meilleures entreprises et disséminant ses résultats à travers l’Europe ». Mais, entre cette intention initiale et la publication de la proposition de règlement créant l’IET, dix-huit mois se sont écoulés au cours desquels la Commission a dû réviser à la baisse ses ambitions, suite aux réticences des certains Etats membres et d’une partie de la communauté scientifique.
Une longue consultation et de nombreuses critiques
Suite à l’annonce faite par M. Barroso en mars 2005, la Commission entreprend entre 2005 et 2006 une large consultation des parties intéressées. Elle publie deux Communications sur la question, la première le 22 février 2006, intitulée « Concrétiser le partenariat revisité pour la croissance et l’emploi », la seconde le 8 juin 2006, et ayant pour titre « Création de l’IET : de nouvelles étapes franchies ». Entre temps, le projet a fait l’objet de nombreuses critiques, la plus cinglante émanant de l’Eurab (European Research Advisory Baord), un groupe d’experts nommés par la Commission elle-même pour la conseiller sur sa politique de la recherche. Le 2 mai 2005, l’Eurab publie un rapport critiquant le caractère trop ambitieux et l’approche top-down (approche émanant de décideurs pour descendre vers la base) du projet de création de l’IET. « Un institut de recherche de classe mondiale ne peut pas être créé selon une approche « top-down ». Helga Nowotny, présidente d’Eurab, explique qu’un tel institut doit émerger des communautés scientifiques elles-mêmes, et nécessite un temps considérable pour se développer. « L’excellence ne se décrète pas, elle se situe dans la réalité du travail au fil du temps et dans la reconnaissance par les pairs ». La présidente d’Eurab pense que les hommes politiques vont soutenir le projet d’IET, tout simplement parce qu’ils préfèrent les inaugurations au renforcement des instruments existants.
Outre une ambition excessive, les scientifiques reprochent à la Commission la multiplication des initiatives en matière de recherche et d’innovation, et épinglent le risque de dispersion des efforts et des ressources. En bref, ils craignent que le projet d’IET ne détourne des fonds qui pourraient être affectés aux laboratoires par l’intermédiaire des programmes existants. La critique se concentre sur le risque de diversion par rapport au projet de CER (Conseil Européen de la Recherche), un nouvel instrument prévu par le septième PCRD (Programme cadre de la recherche et du développement technologique) pour être spécifiquement dédié au financement de la recherche fondamentale.
Parallèlement à la fronde scientifique, le projet de la Commission a dû également faire face aux réticences de quelques Etats membres. L’Allemagne et la Grande-Bretagne craignent que l’IET ne fasse concurrence à leurs universités les plus célèbres, et ont défendu l’idée d’un IET « flexible et virtuel », reposant sur la mise en réseau des pôles existants. La controverse au niveau des Etats membres s’est cependant focalisée essentiellement sur l’emplacement du futur IET, Paris s’étant déclarée candidate la première, suivie d’Aix-la-Chapelle, Strasbourg, Budapest, et Worclaw (la ville polonaise a même créé un site web pour mener campagne en sa faveur). La Commission n’a, à l’heure actuelle, pas tranché la question.
Une proposition de règlement en forme de compromis
Cette longue phase de consultation aboutit finalement à une proposition de règlement soumise par la Commission au Conseil et au Parlement le 18 octobre 2006. L’IET devrait reposer sur une structure à deux niveaux : celui, central, du comité directeur, et celui, décentralisé, des « communautés de la connaissance et de l’innovation » (CCI). Les CCI seraient des réseaux d’universités, d’organismes de recherche et d’entreprises, réunis autour d’une problématique commune. Les CCI reposeront ainsi sur des institutions déjà existantes et disséminées sur le territoire européen, ayant conclues des partenariats en réponse aux appels à proposition émis par l’IET. Le comité directeur sera composé de personnalités de renom chargées de sélectionner, d’évaluer et de coordonner les CCI, ainsi que d’établir les priorités stratégiques globales de l’EIT. Les objectifs de chaque CCI seront fixés par des conventions contractuelles, mais chacune sera autonome quand à son organisation interne. Cette structure semi décentralisée s’éloigne du projet initial de MIT européen mais prend en compte les objections exprimées, puisqu’elle s’appuie sur les ressources déjà existantes tout en assurant une coordination d’ensemble par l’intermédiaire d’un organe central.
La motivation : intégrer les pôles du « triangle de la connaissance »
La Commission justifie le besoin de créer un IET par le fait qu’il sera le seul instrument européen visant spécifiquement l’intégration des trois pôles du « triangle de la connaissance » : l’éducation, la recherche et l’innovation (la théorie du « triangle de la connaissance » avait été mobilisée par la Commission dès les débats sur la stratégie de Lisbonne, et repose sur l’idée selon laquelle la croissance économique, la compétitivité et le développement durable se fondent sur les trois pôles de ce triangle (innovation, recherche et éducation).)

- Le triangle de la connaissance
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la théorie du « triangle de la connaissance » avait été mobilisée par la Commission dès les débats sur la stratégie de Lisbonne, et repose sur l’idée selon laquelle la croissance économique, la compétitivité et le développement durable se fondent sur les trois pôles de ce triangle (innovation, recherche et éducation
Après avoir passés en revue les instruments communautaires existants (PCRD, CER, Plateformes technologiques, Initiatives technologiques conjointes, Programme pour la compétitivité et l’innovation, Programme intégré pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, Fonds structurels, etc), l’exposé des motifs de la Commission avance que « jusque là, aucune initiative européenne n’a pleinement abordé les trois composantes du triangle de la connaissance de manière totalement intégrée et dans la perspective d’un renforcement mutuel ». Contrairement à d’autres instruments de promotion de la recherche, l’IET intègre en effet pleinement la dimension de l’éducation, puisque les CCI devraient pouvoir délivrer des diplômes et titres « IET » Le projet de l’IET a d’ailleurs été préparé conjointement par les services de Janez Potocnik, commissaire et charge de la recherche, et Jan Figel, commissaire en charge de l’éducation et de la formation, ce dernier étant responsable à titre principal. L’IET est donc le seul instrument à avoir pour vocation même l’établissement de passerelles entre le milieu scientifique, le monde universitaire et celui de l’entreprise. Selon M. Barroso, « grâce à ces réseaux, l’IET fera tomber les barrières qui séparent encore la recherche, l’éducation et l’entreprise, réalisant ainsi le potentiel d’innovation de l’Europe ».
L’IET doit également servir de laboratoire d’expérimentation pour les politiques de gestion de l’innovation, l’objectif étant de trouver les moyens de créer des synergies entre ces trois mondes. L’IET devrait ainsi promouvoir un nouveau mode de gouvernance intégratif et devenir un modèle de référence pour d’autres organismes et institutions.
Et maintenant….
Si le calendrier est respecté, le règlement devrait être adopté par le Parlement et le Conseil à la fin de l’année 2007, ce qui permettrait de rendre l’IET opérationnel en 2008 et de lancer les premières CCI en 2010-2011. L’IET sera financé par l’intermédiaire du budget européen pour ses dépenses administratives de fonctionnement, les CCI devant ensuite chercher d’autres sources de financement pour mener à bien leurs projets (contributions du secteur privé, candidatures auprès du PCRD ou des Fonds structurels, etc.). La Commission propose d’allouer au projet 308 millions d’euros pour 2008-2013 mais estime qu’avec ces contributions complémentaires, le budget total s’élèvera à 2,4 milliards d’euros pour la même période.
Si les nombreuses critiques exprimées semblent pertinentes, il apparaît néanmoins nécessaire de saluer une initiative novatrice allant dans le sens de l’intégration des acteurs de l’innovation. En France, l’inspection générale des finances publiait le 21 janvier dernier un rapport dénonçant les piètres performances économiques de la recherche publique française. Le cloisonnement des secteurs public et privé nuirait à la transformation des découvertes de la recherche académique en résultats exploitables par l’industrie. Le même constat ayant été fait au niveau européen, il paraît légitime que la politique de la recherche s’atèle à la mise à mal de ces barrières inhibitrices. Il reste que l’on peut regretter que la Commission présente ce projet comme une recette magique à même de combler le fossé technologique européen au lieu d’assumer son statut d’expérimentation. À croire que les leçons de Lisbonne n’ont pas été tirées.
Espace réactions(7)
INNOVATION : l’ambition impossible de l’Institut Européen de Technologie
Par krokodilo, 27 février 2007
Un point n’apparaît nulle part : quelle langue va-t-on parler dans cet MIT à l’européenne ? Dans quelle(s) langue(s) va-t-on enseigner ?
INNOVATION : l’ambition impossible de l’Institut Européen de Technologie
Par Pierre ROCA, 28 février 2007
Surement en anglais et ce sera une trés bonne chose.. N’y-at-il pas possibilité d’arrêter deux secondes avec le fanatisme des langues ? Si les scientifiques, qui ne sont pas toujours de grands poliglotes n’ont même pas le loisir de s’exprimer en anglais... où va le monde. Ces remarques me fatiguent à la longue, pour le dire hônnetement. On dirait des gamins qui demandent les même choses sans arrêt.
INNOVATION : l’ambition impossible de l’Institut Européen de Technologie
Par Mathieu, 6 juin 2007
La question des langues est à mon avis essentielle. Elle traduit l’une des inquiétudes qui découlent du flou actuel du projet européen. Quel degré d’homogénéisation doit comporter ce projet ? Je suis quant à moi pour l’ITE et contre la disparition de toutes les langues européennes au profit de l’américain.
INNOVATION : l’ambition impossible de l’Institut Européen de Technologie
Par izelgue yahya, 11 avril 2007
j aimerai bien avoir un dossier d inscription dans votr institut et merci
INNOVATION : l’ambition impossible de l’Institut Européen de Technologie
Par Lucie, page perso : Pour un exemple de critique vis-à-vis du projet, 11 avril 2007
L’Institut Européen de Technologie n’existe pas encore, c’est un projet en cours de négociation. Il faudra donc attendre encore un peu pour pouvoir s’y inscrire.
INNOVATION : l’ambition impossible de l’Institut Européen de Technologie
page perso : IET INSTITUT EUROPEEN TECHNOLOGIE, 29 août 2007
Mais si, l’IET INSTITUT EUROPEEN TECHNOLOGIE existe depuis le mois de juillet 2006 http://blog.ifrance.com/iet-ider l’IET est implante au 43 rue De Pascale 1040 Bruxelles, en plein coeur des Institutions Europeennes et co-dirige par Son Altesse Royale, la Princesse, Edwige Vincent de Bourbon et Dr Bahram Faraghi Daryan. l’IET a d’ailleurs fait de nombreuses interventions tant aupres du Parlement Europeen que de la Commission Europeenne, qui n’a d’ailleurs toujours pas paye les factures presentees par la direction de l’IET ce qui fait que le 7 septembre 2007 l’affaire va etre appelee devant le Tribunal de Bruxelles. Pourquoi la Commission Europeenne qui a fait des pieds et des mains pour l’implantation de l’IET ne paie pas peut etre un debut de reponse est donne par le site journalistique de l’IET : l’Agence de Presse Independante Internationale (dont les journalistes sont accredites par la Commission Europenne) ESPERANCE ESPERANZA http://blog.ifrance.com/apii-esperanceesperanza Travaillant au developpement et a l’implantation du programme World Human Facilities WHF avec les chercheurs du monde entier. Programme qui a ete adopte par le Parlement Europeen en Janvier 2007. l’IET et sa direction ont ete declare par les Parlementaires comme le "MUST’ de l’Union Europenne et travaillant sur des programmes tres innovants mettant en priorites les services pour les populations, afin d’aider les populations dans leurs Droits Humains http://blog.ifrance.com/whf-worldhumanfacilities Donc, MERCI de ne pas desinformer les populations ; OUI l’IET Institut Europeen Technologie est bien present a Bruxelles et vous pouvez leur envoyer vos idees, suggestions, demandes qui seront traitees avec diligences par les equipes de chercheurs.
INNOVATION : l’ambition impossible de l’Institut Européen de Technologie
8 janvier 2008
C’est quoi cette arnaque ?!?
Je suis professionnellement actif dans le domaine des brevets et mandataire agréé inscrit au registre des mandataires de l’Office Européen des Brevets (OEB). Je viens de recevoir une sollicitation abracadabrante par e-mail m’invitant à m’acquitter à titre personnel d’une cotatisation de 1’645 EUR à ce pseudo-Institut qui n’a comme seule existence que son nom...
C’est tout simplement ridicule et le procédé employé par cet "IET" me fait surtout penser à une belle arnaque !
Je me permets de noter au passage que l’OEB est une organisation inter-gouvernementale qui n’a aucun lien légal avec les institutions de la Communauté Européenne. Quelle est donc la base légale permettant d’inviter les mandataires agréés auprès de l’OEB à s’acquitter d’une telle cotisation ?
Tout simplement ridicule...
INNOVATION : l’ambition impossible de l’Institut Européen de Technologie
29 mai 2008
http://2002.presidentielles.net/alaune/index.php ?id_article=41 , payer pas c’est une arnaque....
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A voir également
Nos Pages : :
Sur internet
- DG Education et formation
- Page du site Europa dédiée à l'IET
- Le Figaro
- Article sur l'IET paru en juin 2006
- The guardian
- Article sur l'IET
- The scientist
- Article sur l'IET









