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LA GUERRE DES TEXTILES : les dessous d’un dilemme européen (1/2)

Acte 1 : la victoire des producteurs européens

Les négociations commerciales dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) touchent de nombreux domaines. Alors que c’est l’agriculture qui est au cœur des discussions qui se sont ouvertes à Hong-Kong le 13 décembre dernier, le textile est depuis longtemps un sujet qui fâche. Non seulement parce qu’il oppose l’UE à la Chine mais aussi parce que les intérêts au sein même du bloc européen sont très divergents. Les Euros du Village vous proposent un retour sur cet épisode en deux actes, mais qui n’est peut être pas terminé…

Janvier 2005. Après des décennies d’échanges basés sur un système de quotas, le commerce mondial des produits textiles est libéralisé. Des millions de tonnes de T-shirts, pull-overs et soutiens-gorge chinois sont prêts à être déversés sur le marché européen. Pour les producteurs européens de textiles, c’est une période difficile qui s’annonce : longtemps protégés par les quotas qui limitaient les exportations des pays les plus compétitifs, l’industrie textile doit à présent faire face à la concurrence des exportateurs chinois.

Ce qui va devenir dans les médias une « invasion » des textiles chinois n’a pourtant rien d’une surprise. Les pays membres de l’OMC se sont engagés dix ans auparavant (1995) à libéraliser les marchés mondiaux, et ont donc eu largement le temps de se préparer. Pour la Chine, cette libéralisation met fin à un système injuste, qui a eu pour effet de brider le formidable potentiel d’exportation du pays tout en protégeant les marchés des pays du Nord. Pour les producteurs européens, c’est précisément la concurrence de la Chine qui est injuste : les producteurs chinois bénéficient de coûts de production très peu élevés du fait des standards sociaux quasi-inexistants, leur permettant d’être incomparablement plus compétitifs que leurs homologues européens.

Dès janvier, les producteurs européens (défendus par leur fédération professionnelle EURATEX), qui sont soutenus par plusieurs Etats-Membres producteurs de textiles, appellent Bruxelles à prendre des sanctions contre les exportations en provenance de Chine. Réponse du Commissaire européen au commerce, Peter Mandelson : toute action éventuelle de l’UE devra se baser « sur des faits ». Autrement dit, l’UE attendra la publication des statistiques officielles.

Prendre des sanctions contre les producteurs Chinois ? Cette option ne pose pas de problème juridique. En effet, lors de l’accession de la Chine à l’OMC, les pays occidentaux ont obtenu l’inclusion d’une « clause textiles », qui leur permet de restreindre les exportations chinoises après 2005, si celles-ci venaient à déferler sur les marchés mondiaux. Le problème est d’avantage politique : l’Europe peut-elle prendre le risque de déclencher une guerre économique avec le géant chinois ? L’UE, d’habitude si encline à promouvoir la cause des pays en développement, doit-elle restreindre les exportations de ces pays dès lors qu’ils deviennent une menace pour l’industrie de ses propres Etats-membres ?

Jusque mi-mars, c’est l’incertitude la plus totale qui règne. Alors qu’au fil des rumeurs, il devient évident que les exportations chinoises vers l’UE se sont accrues de façon exponentielle, les pays européens sont toujours en attente des statistiques officielles. Début avril, les données de la Commission européenne confirment enfin l’invasion annoncée. Dans certaines catégories de produits textiles, les exportations chinoises ont quadruplé dans les trois premiers mois de l’année.

Il s’avère rapidement que les producteurs européens ne pourront pas faire face à une telle concurrence. Dans les Etats-membres producteurs de textiles (France, Italie, Espagne, etc.), plusieurs milliers d’emplois sont menacés. Le lobbying actif de EURATEX, relayé par celui d’autres pays, tels la Tunisie et le Maroc, qui craignent que la déferlante chinoise ne nuisent à leurs propres exportations en Europe, se révèle efficace. Les médias s’emparent du sujet, et stigmatisent l’appétit vorace des exportateurs chinois, qui frappe de plein fouet un secteur symboliquement important en Europe. Le Parlement européen, qui ne dispose que de pouvoirs très limités en matière de politique commerciale, appelle à une prise de sanctions immédiates. Alors que la campagne référendaire débute en France, plusieurs hommes politiques critiquent déjà le “laisser-faire” de Bruxelles.

Les négociations entre pays européens sont pourtant engagées depuis longtemps. Elles prennent place au sein du Comité 133, qui rassemble les représentants des 25 Etats-membres, ainsi que la Commission européenne. Dès le mois de février, plusieurs pays avaient déjà demandé la mise en place de restrictions.

Les divergences entre pays sont profondes. D’un coté, le groupe des « libéraux » (Grande Bretagne, Allemagne, pays scandinaves), refuse toute prise de sanctions à l’égard de la Chine : pour ces pays, qui sont généralement opposés à toutes les mesures de type protectionniste, l’UE ne peut se permettre de déclencher une guerre commerciale avec l’un de ses principaux partenaires. A l’opposé, un autre groupe de pays, celui des défenseurs du textile européen, rassemble les pays de l’Europe du sud (France, Espagne, Portugal, Italie), qui sont les principaux pays producteurs de textiles en Europe, ainsi qu’un certain nombre de pays de l’Est (notamment la Pologne). Pour ce groupe « protectionniste », il est nécessaire que l’UE prenne des sanctions pour limiter les exportations chinoises.

Même si les protectionnistes sont légèrement plus nombreux en termes de voix, aucune majorité ne se dégage au sein du Comité 133. Certains Etats-membres n’ont pas d’avis tranché sur la question. Entre sanctions et absence de sanctions, entre protectionnisme et libéralisme, le compromis est déjà tout trouvé : l’UE ira négocier avec les autorités chinoises une solution « équilibrée ».

Peter Mandelson, le Commissaire (britannique) au Commerce, est opposé à toute prise de sanctions. Il perçoit cependant l’ampleur de la crise qui divise les européens, en pleine campagne référendaire en France. Au final, la meilleure solution n’est-elle pas de négocier directement avec Pékin, de façon à éviter une guerre commerciale de plus en plus probable ?

Très habile, et faisant bon usage de la menace d’éventuelles sanctions européennes, Mandelson pousse les autorités chinoises à bout. La Chine, qui se dit opposée à toute solution négociée, rejoint finalement la table des négociations. Le 10 juin, après des discussions qui auront en tout duré trois semaines et connu de multiples rebondissements, Mandelson décroche un accord inespéré : la Chine accepte de limiter délibérément ses exportations de produits textiles.


Lire la suite de cet article : "Acte 2 : la revanche des distributeurs"

Espace réactions(1)

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Par Vandendriessche Céline, page perso : Les importations textiles en France - Etat des Lieux, 3 novembre 2006

Bonjour,

Je me permets de vous contacter suite à votre article sur "la guerre des textiles"

Je suis en effet étudiante en Master 2 de Commerce et Management des Affaires Internationales à l’Université de Lille I et dans le cadre de notre cours de : VEILLE ET INTELLIGENCE COMPETITIVE , nous devons construire un BLOG qui sera noté par notre Professeur de Veille (voir l’article Présentation du blog).

Son thème : Les importations textiles en France - Etat des Lieux.

http://importtextilefr.canalblog.com/

Je souhaiterais mettre votre article sur le BLOG ? ou créer un lien ...

1- Etes-vous d’accord sur le principe ???

2- De plus, je serais ravie de votre visite sur notre BLOG .... Peut-être pourriez-vous également y ajouter un commentaire ????? vos coordonnées ? ou des sites intéressants ...

Vous remerciant d’avance pour votre collaboration,

Meilleures salutations. Céline Vandendriessche.

ds LA GUERRE DES TEXTILES : les dessous d’un dilemme européen (1/2)



Par Emmanuel Brutin, 3 novembre 2006

Bonjour Céline, Merci pour votre commentaire - aucun souci pour mettre l’article sur votre site (la seule condition est que le lien vers le site des Euros y figure explicitement). Je fonce faire un tour sur votre blog !! A+ tard, Emmanuel

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15 décembre 2005

Par Emmanuel BRUTIN

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