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LES BALKANS OCCIDENTAUX : en route vers l’Union européenne (4/7 Le Monténégro)

25 février 2008 | Par valérie
Ce n’est pas la question du si, mais du comment. Tous ont des torts dans cette histoire, et la communauté internationale et les Etats de l’UE aussi. Adopter une résolution 1244 d’abord, puis faire l’inverse n’était pas très élégant, ni très juste. Et s’empresser de reconnaître le Kosovo (dès les premiers jours - alors que bcp de pays annoncent vouloir attendre plus de négotiations) sans avoir de position commune est étrange. Prenons l’exemple des positions de l’Allemagne et de l’Espagne respectivement. L’Espagne craint les velléités indépendatistes de la Catalogne et refuse donc la reconnaissance du Kosovo. L’Allemagne reconnaît le Kosovo. Est-ce qu’on peut en déduire que l’Allemagne serait indifférente à une (...)

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LES BALKANS OCCIDENTAUX : en route vers l’Union européenne (4/7 Le Monténégro)


LES BALKANS OCCIDENTAUX : en route vers l'Union européenne (4/7 Le Monténégro)

Le Monténégro : Un petit devenu grand

28 janvier 2008, Par Roxane COMPAGNE (Traductrice), Sören KEIL

Depuis le tournage du dernier James Bond au Monténégro, le petit pays de la côte adriatique fait parler de lui. Le Monténégro était l’une des six républiques de l’ex-Yougoslavie, la dernière à se désolidariser de la Serbie, nation-mère yougoslave, et à déclarer son indépendance en 2006. Pour quelles raisons le Monténégro n’a-t-il pas proclamé son indépendance au début des années 90, alors que l’empire de Tito se déchirait dans le sang ? Au lieu de cela, le Monténégro a combattu au côtés de la Serbie pour conserver la Yougoslavie : pourquoi ? En quoi la situation était-elle différente, comparé à 2006 ? Qu’est-ce qui avait changé en 2006 ? Quelles ont été les raisons de la dissolution de la (con-)fédération serbo-monténégrine ? Quels sont les rapports du Monténégro avec les institutions européennes ?

Le Monténégro et l’éclatement de la Yougoslavie

Au début des années 90, alors que l’on assistait à l’éclatement de l’état multinational yougoslave, le Monténégro se positionnait à contre-courant en ne proclamant pas son indépendance. Au lieu de cela, le Monténégro choisit de combattre aux côtés de la Serbie pour la conservation de la Yougoslavie, ainsi que pour la sécession des républiques serbes autoproclamées de Croatie et de Bosnie. Dans ce contexte, c’étaient en tout premier lieu les élites politiques qui manifestaient cette idéologie pro-serbe et pro-yougoslave. Pourtant, Slobodan Milosevic finit par établir un homme de confiance au Monténégro, comme il l’avait fait pour évincer les provinces autonomes de Vojvodina et du Kosovo.

Monténégro : descriptif et chronologie du rapprochement avec l’UE

- Situation géographique : Sud de l’Europe, frontières avec l’Albanie, la Serbie, la Croatie, la Bosnie-Hérzégovine et l’Adriatique
- Capitale : Podgorica (anciennement Titograd)
- Nombre d’habitants : 675 000, dont 43% de Monténégrins, 32% de Serbes, 13% de Bosniaques et de « musulmans d’origine ethnique », 7 % d’Albanais, 1 % de Croates, environ 3% de Roms
- Produit intérieur brut par habitant : 2474 euros (2006)
Etapes du rapprochement UE-Monténégro depuis 2005
- octobre 2005 : l’UE ouvre des négociations avec la Serbie et le Monténégro en vue de la signature d’un accord de stabilisation et d’association (ASA)
- 3 mai 2006 : les négociations avec la Serbie et le Monténégro sont suspendues, en raison du manque de coopération du gouvernement serbe avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY)
- 21 mai 2006 : le référendum sur l’indépendance du Monténégro est remporté par le camp du « oui » à 55,5%
- 3 juin 2006 : le parlement monténégrin proclame l’indépendance du Monténégro
- 12 juin 2006 : le Conseil européen se dit prêt à développer de nouvelles relations avec un Monténégro souverain et indépendant. Suivent des reconnaissances bilatérales de la part des Etats membres. La Commission déclare son intention d’obtenir un nouveau mandat lui permettant de poursuivre des négociations séparées avec le Monténégro en vue d’un accord de stabilisation et d’association (ASA).
- 15 octobre 2007 : Signature de l’ASA à Luxembourg
Source : Commission européenne

Pour autant, il ne faut pas oublier que le Monténégro a brièvement soutenu les efforts de la communauté internationale pour la paix dans les Balkans. Ce soutien, associé à une aide financière accordée par le ministre des Affaires étrangères italien, finit cependant par cesser en raison de la pression serbe. Les troupes monténégrines continuèrent donc à participer aux guerres dans les anciennes républiques balkaniques et au Kosovo. Cette fidélité du Monténégro à la Serbie peut également être expliquée par sa composition ethnique. En effet, outre le fait que de nombreux Serbes vivent au Monténégro, les Monténégrins eux-mêmes se sentent étroitement liés à la Serbie. Une dominance de la Serbie en Yougoslavie ne représentait pas de danger pour eux : ils ne se reconnaissaient ni dans le nationalisme ethnique des Croates, ni dans le désir des ethnies non-serbes de Bosnie de s’affranchir de la dictature de Milosevic et de créer un Etat indépendant.

Le Monténégro : son parcours jusqu’à l’indépendance

Après la chute de Slobodan Milosevic le 5 octobre 2000, le pouvoir fut repris par les forces démocratiques de Kostunica : la question des relations entre la Serbie et le Monténégro fut l’objet d’une discussion ouverte. Les bases de ces relations avaient besoin d’être redéfinies : l’égalité de droits et la volonté commune d’adhérer à l’Union européenne devaient constituer les piliers centraux d’un nouveau partenariat. Après la dissolution de la République fédérale de Yougoslavie, la communauté étatique Serbie-Monténégro fut instaurée en 2003. En analysant des évolutions comparables, telles que la dévolution au Royaume-Uni, il devient clair que l’autonomie considérable dont a joui le Monténégro à parti de 2002 a joué un rôle décisif dans son parcours vers l’indépendance.

A cela s’ajoutent les développements de l’affaire Radko Mladic, ancien officier serbe recherché par le tribunal de la Haye en tant que criminel de guerre, résidant très probablement en Serbie. Le manque de coopération de la Serbie dans cette affaire a provoqué la suspension en mai 2006 des négociations entre la Serbie-Monténégro et l’UE concernant la signature d’un accord de stabilisation et d’association. Cela n’a pas manqué de renforcer les velléités indépendantistes des Monténégrins qui ont finalement voté pour l’indépendance le 21 mai 2006.

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Foule en liesse le jour de l’indépendance du Monténégro
Le 21 mai 2006, 55,5% de la population en droit de voter s’est prononcée en faveur de l’indépendance.

Les experts proposent plusieurs explications au fait que la Serbie ait toléré l’indépendance du Monténégro sans opposer de véritable résistance. Les uns évoquent l’importance de la commission Badinter, qui dès 1992 a attribué le droit à l’indépendance à toutes les anciennes républiques yougoslaves, d’autres mettent l’accent sur les problèmes internes en Serbie après la chute de Milosevic, le lent processus de démocratisation du pays et la volonté pacifique affichée par le nouveau gouvernement démocratique à Belgrade. Le gouvernement serbe affirma que le statut du Monténégro en tant qu’ancienne République en Yougoslavie avait compté dans le „oui“ serbe à l’indépendance de Podgorica. Ce statut reste toujours accordé au Kosovo, qui n’était pourtant qu’une „province autonome“ de Yougoslavie mais qui avait néanmoins pratiquement les mêmes droits qu’une République – avant que Milosevic ne prive le Kosovo de ces droits dans les années 80.

Evolution depuis 2006

Le Monténégro avance en direction de l’Union européenne à une vitesse étonnante. Une grande réforme touche en ce moment même l’administration et la justice, afin d’améliorer leur efficacité et de se conformer aux standards européens. La stabilité politique et une situation géographique favorable sur la côte adriatique ont févorisé une situation économique florissante, dont personne ne met en doute la capacité à générer d’autres développements positifs.

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Une vue de la côte adriatique au Monténégro
Le tourisme représente un secteur-clé de l’économie du Monténégro.

Le Monténégro a cherché à se rapprocher le plus vite possible non seulement de l’Union européenne mais également de ses voisins. Des négociations sur le paiement de réparations ont été ouvertes avec la Croatie et la Bosnie, les élites monténégrines ont par ailleurs à maintes reprises présenté leurs excuses pour avoir pris part aux conflits sanglants dans les Balkans. Enfin, le Monténégro travaille en étroite collaboration avec l’Union européenne, les Etats-Unis et le Conseil de l’Europe à la réforme et la redéfinition de certains piliers de l’Etat de droit. L’entrée dans l’UE et l’adhésion à l’OTAN sont les deux priorités essentielles de la politique du Monténégro, ce qui en fait un pays à part dans les Balkans.

La Croatie n’a pas toujours pas réglé le problème de la protection des minorités en ce qui concerne les Serbes-croates. En Macédoine, depuis le changement de gouvernement en faveur du Parti Conservateur, on ne parle que des nouvelles tensions ethniques entre la majorité macédonienne et la minorité albanaise. Pour finir, l’Albanie, qui ne connaît pourtant aucun conflit ethnique, est au bord de la crise politique. Pour sa part, le Monténégro a décidé de mettre la barre en direction de l’Europe. Il n’est donc pas étonnant que le commissaire européen chargé de l’élargissement Olli Rehn fasse l’éloge de ce petit pays, dont la politique est profondément déterminée par sa volonté d’adhérer à l’UE.

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Rapprochement réussi : le président monténégrin Milo Djukanovic et le commissaire européen chargé de l’élargissement Olli Rehn
L’accord de stabilisation et d’association entre l’UE et le Monténégro a été signé le 15 octobre 2007. Le Monténégro a l’intention de déposer une demande d’adhésion dès le premier semestre 2008.

Néanmoins, le gouvernement de Podgorica a encore beaucoup de chemin à parcourir : d’une part, le Monténégro reste miné par les "grands problèmes des Balkan" tels que la corruption, le crime organisé et l’inefficacité du système administratif, d’autre part les discussions et débats politiques ont tendance à faire traîner les choses en longueur. Par exemple, le gouvernement et l’opposition ont jusqu’à présent été incapables de se mettre d’accord sur une nouvelle constitution pour le pays, condition sine qua non d’une éventuelle intégration du Monténégro au Conseil de l’Europe.

Récemment, les élites politiques ont adopté une feuille de route prévoyant d’adhérer à l’UE en 2012. Si l’UE a d’ici là réussi à surmonter son "blues de l’élargissement", rien n’empêchera que l’objectif soit atteint. En tout cas, ce n’est ni la volonté des Monténégrins d’entrer dans l’Union, ni celle de travailler dur aux réformes nécessaires à un Etat moderne et démocratique qui feront défaut. Certains autres pays des Balkans devraient en prendre de la graine.





© Euros du Village ASBL




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le 30 janvier 2008

Le Monténégro suit une voie positive, mais en réalité l’existence de cet Etat n’a qu’une raison historique (il est né avant la Serbie) et non culturelle (les monténégrins sont des serbes et parlent le serbe, c’est la même langue). On peut donc regretter la naissance d’un Etat qui, en faisant moins d’un million d’habitants, contribue par son existence à la prolifération de "petits Etats" dans l’UE et donc à la lourdeur administrative des communautés. L’UE a sans doute mal joué sur ce coup, elle n’aurait pas dû interrompre les négociations pour l’ASA avant le référendum, elle aurait au contraire dû signer l’ASA juste avant le référendum.

Au-delà de ce détail (qui en fait n’en est pas un... et de même que le Monténégro aurait dû rester membre de la fédération serbo-monténégrine [comme le souhaitait l’UE qui avait accepté un référendum avec seuil de 55% de "oui" à dépasser], le Kosovo indépendant n’a pas de sens et devrait en fait se joindre à l’Albanie), il est toujours positif de voir un pays des Balkans faire repentance de ses crimes passés et progresser vers la démocratie et l’Europe. Mais la date de 2012, éjà très difficilement atteignable pour la Macédoine, candidate depuis 2005, ne me paraît pas très réaliste pour le Monténégro. Espérons qu’ils y parviennent. Le mieux serait de faire adhérer les pays de l’ex-Yougoslavie les mieux préparés (Croatie, Macédoine, Monténégro... et Serbie en échange d’une reconnaissance du Kosovo indépendant) à l’horizon 2012.


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Par Jérémie Gomand, le 30 janvier 2008

Le Montenegro aurait dû ceci... le Kosovo devrait cela... Oui, mais... Ou non, mais, plutôt. Car ce n’est pas aux petites nations désirant démocratiquement leur indépendance de payer l’incapacité de l’Union à passer à des procédures à la majorité qualifiée. Après tout, il y a cinquante États aux États-Unis et cela fonctionne. Certes, le cas n’est guère comparable, à plusieurs titres, mais le nombre d’États ne semble pas un handicap en soi à une union plus fédérale. Un Monténégrin n’est plus un Serbe puisqu’ils en ont choisi autrement depuis un an et demi, et un Kosovar sera Kosavor et non Albanais puisque tel sera son choix (ou pas d’ailleurs). L’important est que cela se fasse dans les règles, que ce soit, hier, pour la République tchèque, la Slovaquie, le Montenegro, aujourd’hui (ou presque) le Kosovo, demain peut-être pour la Catalogne, l’Écosse, ou pourquoi pas, la Bretagne (mais ce n’est pas au programme je crois). Ensuite les "Machins" onusien et européen s’adapteront, mais c’est un autre problème encore une fois.


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le 31 janvier 2008

Justement, le choix du peuple monténégrin est conditionné par l’Histoire : le Monténégro est né avant la Serbie, c’est pourquoi il a survécu à la réunion des serbophones dans un même Etat, mais en terme culturel, la séparation ne se justifiait pas. La proximité culturelle est d’ailleurs claire dans l’article. Les deux principaux facteurs qui ont poussé les monténégrins à voter pour l’indépendance, c’est à la fois les problèmes liant la Serbie au TPIY (et qui retardaient de facto l’intégration européenne du Monténégro) et la présence dans ce pays d’une forte minorité de bosniaques musulmans et d’albanais (un quart de la population qui a voté pour l’indépendance).

Quant au Kosovo, tu te trompes justement, les kosovars n’auront pas le choix de se rattacher à l’Albanie, puisque tout rattachement à l’Albanie est dores et déjà exclue depuis 1999 (c’était une résolution qui jetait les bases d’un accord futur avec quatre conditions inaliénables, dont le non-rattachement du Kosovo à l’Albanie... même si là encore ça ne se justifie pas puisque les kosovars sont albanophones et très proches culturellement de l’Albanie, preuve en estb en décembre dernier seul le fait que les négociations avec la Serbie se terminait le 10 décembre a fait que les kosovars n’ont pas proclamé leur adhésion le 26 novembre comme ils l’avaient prévu à l’origine, car cette date est aussi la fête nationale de l’Albanie).

Enfin, petit rappel historique, puisque tu cites le cas tchécoslovaque, si tu lis le chapitre concernant l’élargissement dans le livre de Robert Toulemon, Aimer l’Europe, il explique clairement que cette indépendance n’était en fait sans doute pas appuyée par une majorité de la population et aurait tout de même dû être ratifier par référendum des deux côtés.

Tu as raison de préciser que le cas américain n’a rien à voir avec le cas européen. Le citer n’est historiquement pas pertinent.

Enfin, je finirais en répétant ce que j’ai déjà écrit dans mon premier message : je ne suis bien sûr pas contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (et je suis le premier à reconnaître qu’après le refus des serbes de laisser un croate présider le collège exécutif yougoslave en 1990, l’éclatement de la Yougoslavie était inévitable), et bien sûr un nombre élevé de petits Etats n’empêchera pas l’Europe fédérale de se faire (si elle se fait un jour, car elle a aujourd’hui du plomb dans l’aile), d’ailleurs ce sont rarement les plus petits Etats qui gênent la construction européenne. Mais il faut bien comprendre que cette prolifération de petits Etats apporte une lourdeur administrative qui aurait pu être justifier, d’abord parce que ces petits Etats sont surreprésentés tant au Parlement européen qu’au Conseil de l’UE, et ensuite parce que chaque nouvel Etat, ça signifie aussi une nouvelle langue (et le coût du multilinguisme à Bruxelles, s’il est pleinement justifié, n’en est pas moins considérable) : si l’Autriche reconnaît pleinement parler l’allemand (et on lui en est gré), qu’en est-il de la Moldavie ou encore du Monténégro, qui seront un jour membres de l’Union avec une langue reconnu qui, pourtant, existe déjà ? (le roumain et le serbe en l’occurence... alors que la catalan est différent du castillan mais n’est pas reconnu)

Je le répète, tout cela n’empêchera pas l’Europe de se faire, mais il n’en reste pas moins que la prolifération de petits Etats reste un défi administratif de taille pour les institutions européennes.

Soit dit en passant, la Serbie aurait mieux fait d’insister pour conserver à tout prix le Monténégro (peuplé d’un tiers de "serbes" et de 45% de monténégrins serbophones, et lui conférant un accès à la mer) plutôt que de se casser la tête sur un Kosovo à 90 % albanophone et restant en fait un poids économique et social plus qu’un atout. Espérons que les Serbes sauront oublier leur fierté, élir Tadic et renoncer au Kosovo.


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Par valérie , le 1er février 2008

Oui la Serbie a sans doute, sans le vouloir, troqué le Monténégro contre le Kosovo. Quelle perte ! Le Monténégro a le potentiel de devenir un petit Etat bien prospère. Curieusement, je me demande s’il ne serait pas justement rationnel pour la Serbie de se défaire du Kosovo qui n’a d’intérêt que symbolique, et pour le Kosovo de profiter de son appartenance à un Etat qui fonctionne (plus ou moins bien), une économie de taille raisonnable, etc etc. Mais entretemps, la situation est tellement empoisonnée qu’il ne s’agit plus de décisions rationnelles.

Le commentaire insinuant que les frontières nationales devraient être tracées selon les appartenances ethniques me laisse perplexe. Dans ce cas, il faudrait unir l’Allemagne à l’Autriche et à la Suisse allemande, diviser la Belgique (je sais, ils ont commencé..), et même là, pour les Balkans, ce serait une tâche impossible (regarde la carte ethnique de la Bosnie...). Il faut tout simplement apprendre à vivre ensemble dans un même Etat malgré les différences.

Je voudrais bien qu’on m’explique par exemple quels avantages tireraient les Bretons ou les Écossais d’une éventuelle indépendance (mis à part que pour certaines élites, il se créent des postes interessants).

L’Union avec son fonctionnement par Etats indépendants, ses aides massives aux nouveaux Etats (p.ex le Kosovo) et son système de vote a sans doute beaucoup favorisé l’éclatement de la Yougoslavie et continue de le faire pour le reste du continent. Que serait une Catalogne sans Union Européenne dans les vents hostiles de la mondialisation ? Mais une Catalogne protégée au sein de l’UE et qui en plus double le poids de ses votes au sein des organes, c’est différent...


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le 1er février 2008

Je ne prône pas une délimitation des Etats par zone ethnique (le terme même n’a, à mon sens, aucune signification réelle, les brassages ayant été si intenses au cours de l’Histoire européenne) mais par zone linguistique et culturelle. Je suis d’accord avec toi, certaines régions d’ex-Yougoslavie (il s’agit en fait essentiellement de la Bosnie-Herzégovine qui est dans ce cas-là) connaissent des mélanges trop importants pour fixer une frontière, notamment en Bosnie, pour le reste (Serbie/Monténégro, Croatie, Albanie/Kosovo) ça n’a rien d’impossible.

Je le répète, tout cela n’empêche pas l’Europe d’avancer, mais reconnaissons que la multiplication d’Etats de un ou deux millions d’habitants (le Monténégro en a à peine 675 000) reste un défi pour l’avenir des autorités européennes en terme de gestion.

Quelqu’un m’a récemment dit que la division entre croates, bosniaques et serbes étaient avant tout religieuse (catholiques, musulmans et orthodoxes), et qu’en réalité ces trois pays parlent la même langue, le "serbo-croate", et se lisent parfaitement. Quelqu’un serait au courant et pourrait nous renseigner sur cela : les langues croates et serbes sont-elles différentes ?


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Par Marc, le 4 février 2008

Le danois et le suedois sont des langues proches, les Danois et les Suedois se comprennent mutuellement, et pourtant les 2 langues existent bel et bien et personne ne remet en cause leur légitimité. Pourquoi systématiquement nier la langue Croate ou la langue Serbe. Les différences entre ces 2 langues concernent des milliers de mots usuels, sans parler de l’alphabet, latin pour les uns et cyrilliques pour les autres. N’oublions pas que des similitudes sont nombreuses entre langues slaves. Le croate est également proche du slovaque, et que dire des similitudes entre le macédonien et le bulgare, entre le russe et le biélorusse, le letton et l’estonien ? Ca n’en fait pourtant pas des langues uniques. Quant au fait que les croates auraient "inventé" des nouveaux mots pour renommer les mois du calendrier, c’est totalement faux, les termes employés le sont depuis toujours, y compris à l’époque yougoslave où il était pourtant politiquement correct de parler le "serbo-croate", langue artificielle servant davantage à des fins politiques d’uniformisation et de négation des identités nationales par l’état yougoslave depuis sa création en 1918 jusqu’à sa disparition en 1991.


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Par valérie, le 7 février 2008

quelques mises au point : 1. l’estonien est une langue finno-ougrienne, le letton est baltique - la comparaison ne tient pas. 2. le fait que les linguistes serbes et croates diffèrent systématiquement sur la classification de ces deux langues montre que c’est pour eux une affaire politique (en.wikipedia.org/wiki/Serbo-croat)). 3. Les alphabets cyrillique et latin étaient tous deux en utilisation pendant l’ère yougoslave et à ce titre maîtrisés de tous (c’est encore le cas au monténégro.) un alphabet ne fait pas une langue ! pour preuve, de nombreuses langues ont changé d’alphabet à plusieures reprises dans l’Histoire (polonais, indonésien, turc, albanais, etc etc). 4.au nom de la science, j’aimerais qu’on sépare les considérations linguistiques (c’est une science magnifique !) et politiques. Linguistiquement, il est indéniable à ma connaissance que les plus grandes similitudes entre langues sont entre le serbe et le monténégrin, suivis du serbe et du croate. Trouve parmi les langues officielles des Etats-membre de l’ONU des langues plus proches et tiens-moi au courant. Politiquement, chacun aura ses vues. Personnellement, je trouve toujours dommage d’insister plus sur ce qui divise que sur ce qui unit, et je trouve très dommage d’augmenter les coûts de transactions (où que ce soit), mais de l’autre côté la diversité des langues est une belle chose et enfin tout ca ne nous regarde pas tellement... :-)


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Par thomas, le 22 février 2008

A Marc

Les similitudes entre le letton et l’Estonien ? entre une langue balte et une langue finno-ougrienne ? Ouille :)


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Par valérie (à Podgorica), le 4 février 2008

Serbo-Croate, Croato-Serbe et compagnie

Oui le serbe et le croate ont eu depuis longtemps des différences notables (syntaxe, vocabulaire, prononciation), mais assez faibles pour permettre de créer cette construction qu’était le serbo-croate. Les Serbes et les Croates parlaient chacun à leur facon mais tout en se comprenant parfaitement. Depuis leur indépendance, les Croates s’efforcent de créer (ou retrouver dans l’Histoire) des spécificités croates - ils ont par exemple rebaptisé les mois de l’année, (ce qui fait bien rire les Serbes).

Linguistiquement, on devrait parler de 2 dialectes parents, mais la dimension politique en fait 2 langues différentes. Je pense qu’au fil des ans, les différences vont s’accentuer, puisque les espaces de communication collective (TV, radio etc) sont séparés.

(Ce n’est donc pas du tout la même situation qu’avec le monténégrin qui linguistiquement n’est même pas un dialecte du serbe mais a tout juste une teinte régionale. Je pense d’aillleurs que les monténégrins ont tort d’insister sur leur "nouvelle" langue - qui est loin de faire le consensus parmi eux d’ailleurs. Quel étranger voudrait apprendre une langue qui n’est soi-disant parlée que par 0,6M de personnes ? Ce serait comme appeller leur monnaie l’"euro monténégrin"...) Pour le problème des traductions officielles en UE, je suis bien curieuse s’ils vont réussir à faire passer ca. Mais je ne suis pas inquiète - la traduction du serbe au monténégrin pourra être aisément faite par un logiciel. Il parait que l’UE investit beaucoup dans la recherche sur ces programmes... (entre parenthèses la solution adoptée par le TPIY est très astucieuse : ils considèrent le "BCS" (bosnien-croate-serbe) comme étant la langue maîtrisée par les différentes parties !)


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Par Jérémie Gomand, le 4 février 2008

Ce qui me gêne dans ton discours M. ou Madame "Anonyme" ;-), ce sont les "untel aurait dû ceci ou cela, ou aurait mieux fait de faire/de ne pas faire..." Je pense simplement qu’il est difficile et illégitime de se mettre à la place d’un Montenegrin, d’un Kosovar ou d’un Catalan et de juger extérieurement ce qui est bon pour lui. Pour revenir au cas du Kosovo et de l’Albanie, je sais bien que "juridiquement" ils n’ont pas le droit de se rattacher à l’Albanie. Mais as-tu vu le "juridique" l’emporter sur le politique dans des institutions démocratiques ? Crois-moi, il serait plus simple au Kosovo d’ici quelques années de se rattacher à l’Albanie que de conquérir un siège à l’ONU cette année par exemple. Car si une indépendance doit être reconnue, un rattachement se déclare et s’effectue sans problème si les deux entités sont indépendantes (RFA-RDA, les deux Yémen, les deux Vietnam...). Il n’y a pas de siège supplémentaire à créer nulle part. Je ne veux pas dire que l’UE n’aurait pas de moyens de pression, mais elle ne pourrait pas s’y opposer si cela arrivait dans quelques années (cas improbable cela dit). Pour la défunte Tchécoslovaquie, je sais tout à fait (et j’y ai pensé en la citant) que la séparation de velours ne s’est pas faite dans l’enthousiasme mais par le haut entre Meciar et Prague. Cela dit, encore une fois, personne n’est descendu dans la rue pour protester contre la fin de l’union des deux peuples, et qui ne s’oppose pas consent (à laisser faire du moins). Par ailleurs, pour ce que j’en sais, les habitants des deux contrées sont aujourd’hui heureux d’avoir leur pays. Le cas américain bien que différent mérite d’être cité ne t’en déplaise, puisque le projet des Européens les plus fervents, à la suite de Monnet, est de parvenir à l’Union fédérale. Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt : Bruxelles rêve d’être Washington DC. Mais cela "a du plomb dans l’aile" comme tu dis. Je vais me répéter moi aussi pour finir. L’Europe n’est pas le problème encore une fois, les habitants des Balkans ne raisonnent pas à ce niveau là, mais par rapport à leur histoire. La preuve en est la remarque que tu fais à propos des Serbes et de leur attitude vis-à-vis du Montenegro. J’ai envie de te donner raison : ils auraient "mieux fait" (c’est ton mot), "rationnellement" de négocier le Montenegro contre l’abandon du Kosovo. Sauf que "ça" ne marche tout simplement pas comme ça. Et la remarque est valable pour Valérie aussi en ce qui concerne l’Écosse et la Catalogne. Vous raisonnez en Occidentaux (en élites occidentales je dirais), rationalistes, modernes et matérialistes (l’économie, l’économie...), et surtout post-nationalistes. Et vous avez tort de penser pour les autres ainsi, en termes d’intérêt, alors qu’ils raisonnement eux en terme de valeurs et d’identité. Je ne vous rappelle pas la distinction établie entre ces deux types d’action rationnelle (en finalité et en valeur) par Max Weber. Est-il rationnel pour les Serbes de s’accrocher au Kosovo ainsi ? En valeur oui. Nikolic a fait 47% des voix, réveillez-vous ! Vous êtes en décallage complet par rapport à la psychologie des habitants de ces pays marqués par une décennie de guerre. La variable explicative que ce soit pour la Serbie, pour le Montenegro, pour le Kosovo, elle est là. Alors, de grâce, quand vous analysez un problème, ne le faites pas de votre fenêtre extérieure, européenne et pacifique. Car vous ne comprendrez ni n’expliquerez rien ainsi. Bien à vous.


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Par valérie (à Podgorica), le 4 février 2008

Je raisonne en élite rationaliste occidentale comme toi, Jérémie, comme Max Weber, et comme de grandes parties des populations (et des élites) en Écosse, en Catalogne, en Serbie, ....

J’habite au Monténégro, je parle aux gens, et je t’assure que beaucoup de gens ici pensent de facon très rationnelle, économique, matérialiste, stratégique. Tu les crois donc tellement différents de "nous" ? Ces ethnies homogènes portées par les sentiments qui leur viennent du sang de leurs ancêtres ? ...

Les opinions publiques ici sont tout aussi complexes que partout ailleurs. Chaque groupe a ses propres intérêts (postes à pourvoir, business à réaliser, représentation électorale), intérêts qui peuvent coincider ou non avec leurs idéaux et sentiments (nationalisme, fierté, vengeance, pacifisme, vision européenne). Tu trouveras ici des groupes d’étudiants pro-OTAN contre une majorité de la population qui déteste l’OTAN, des nostalgiques de l’ère yougoslave comme des fervents nationalistes, des Tadic et des Nikolic.... Et à ce titre, j’ai moi aussi mes opinions. Tu permets ?


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Par Jérémie Gomand, le 5 février 2008

Oui j’avais vu que tu habitais à Podgorica. ;-) Et je réagissais principalement aux propos du M./Madame Anonyme et en passant à ton interrogation "Je voudrais bien qu’on m’explique par exemple quels avantages tireraient les Bretons ou les Écossais d’une éventuelle indépendance". J’imagine que bien des Bretons (une toute petite minorité) et des Écossais te feraient la même réponse que les Québécois à qui je parle à Montréal : pour avoir un pays tout simplement. Donc je te "permets" d’avoir des opinions bien sûr (je reprends ta phrase...) mais, à l’origine, on parlait des désirs des Monténégrins à l’origine. Et du bien fondé de leur indépendance actuelle. Et là il ne s’agit plus d’opinion mais de savoir ce qui est. Loin de moi l’idée de vouloir faire de l’essentialisme (le sang, l’ethnie, etc). Au contraire. Relis-moi plus haut, tu verras que je dénonce simplement l’idée que les populations raisonnent plus en terme d’intérêts que de valeurs et d’identité. Je pense que c’est souvent l’inverse, c’est tout. Et que vous en analysant comme vous le faites tous (il suffit de voir les mots employés, intérêt, auraient dû, auraient mieux fait) vu de la France d’en haut (où de l’Europe d’en haut), vous analysez de travers et êtes tous étonnés que le référendum sur la Constitution en France soit rejeté (80% des médias, 90% des élites étaient pour pourtant), que les Serbes s’acharnent pour le Kosovo alors qu’il aurait été plus stratégique de conserver le Montenegro (relis plus haut, c’est toi, et c’est bien écrit), etc. Le ponpon, c’est ceci : "Curieusement, je me demande s’il ne serait pas justement rationnel pour (...) pour le Kosovo de profiter de son appartenance à un Etat qui fonctionne (plus ou moins bien), une économie de taille raisonnable, etc etc.". Tu veux dire que les Kosovars devraient oublier la purification ethnique, les massacres, et les persécutions des années 90 ? Parce c’est dans leur intérêt ? Désolé pour moi ça c’est du délire... Je m’élève contre l’idée qu’il est facile de se mettre à la place d’autrui, même en vivant parmi eux, et contre le fait de décréter rationnel quelque chose qui ne l’est pas pour tout le monde manifestement. Tu dis aussi d’un côté "je me demande s’il ne serait pas justement rationnel pour la Serbie de se défaire du Kosovo qui n’a d’intérêt que symbolique". Et de l’autre tu écris "Je raisonne en élite rationaliste occidentale (...) comme de grandes parties des populations (et des élites) (...) en Serbie". Il faudrait savoir... Si ça ne s’appelle pas une contradiction ça... Ils sont "rationnels" ou pas ? La balle est dans ton camp. Je crois que pour bien analyser les situations, il faut sortir des simples opinions, souvent mouvantes et contradictoires justement... PS : En sept ans d’études en sciences sociales, j’ai au moins appris que ma façon de fonctionner (rationnelle en finalité pour faire vite, une déformation professionnelle) ne peut être copié collée pour comprendre le monde (erreur que je faisais il y a quelques années justement. Les Kosovars en voulant leur indépendance, les Serbes en la refusant unanimement sont rationnels en valeur, bien plus qu’en finalité, c’est à dire pat intérêt). Je n’ai pas vécu la guerre, pas pris de bombes sur la tête, je ne suis pas issu d’une nation sans État et aspirant à en avoir un (Kosovo, Québec, Écosse), je ne me permettrais donc pas de dire "rationnellement" ils auraient dû faire ceci ou cela car cela n’avance à rien (c’est une opinion effectivement). PS : Ne me "mordez" pas svp, je n’interviens que rarissimement dans les forums, mais les points avancés méritaient que je le fasse ici car j’estimais que les intervenants pouvaient accepter les critiques. Donc il me semble que les "Et à ce titre, j’ai moi aussi mes opinions. Tu permets ?" sont de trop. Il s’agit d’un forum de discussion non ? Et quand on discute on va forcément se contredire et se critiquer, il me semble. Si on accepte mal cette règle du jeu, ça ne sert à rien d’écrire... Revenons donc au fond des arguments...


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Par valérie, le 7 février 2008

Les identités ethniques sont toujours le résultat de processus de remaniements et de manipulations (les villageois d’antan ne se sont pas spontanément organisés en nations de 60 millions de personnes, par exemple...). (pour Jérôme : est-ce que j’augmente ma crédibilité si j’ajoute que j’ai fait mon mémoire de diplôme bac+5 en socio sur ce thème ?). C’est toujours le cas et ca prend des multitudes de formes dans l’Histoire et à travers le monde (ce qui n’affecte en rien la légitimité des sentiments d’appartenance ainsi crées !). C’est juste pour dire qu’on a le droit de se poser des questions sur les actions visant à modifier ou renforcer les frontières ethniques (questions de langue par exemple...), et que rien n’est inéluctable ou nécessité naturelle. Dans le cas de la Yougoslavie, il est intéressant de lire les politistes qui analysent les effets du système de quotas ethniques sur les sentiments d’appartenance. Le fait que des entreprises d’Etat au secrétariat du parti, la proportionnalité entre ethnies a été la règle, aurait maintenu parmi la population l’attachement à leur "nationalité" (au sens socialiste) comme ressource politique et économique. Il y avait donc une composante d’une grande rationalité économique et politique à ces appartenance. Pour la rationalité, puisque tout acte humain a toujours une certaine forme de rationalité (argent, émotions, prestige, paresse, etc etc), la discussion est vaine si on en reste là. La question que je pose, Jérôme, est de savoir si ceux qui prennent aujourd’hui des décisions trouveront encore dans 20 ans que c’était une bonne idée, et si leurs enfants en diront autant. C’est une question qu’on devrait toujours se poser en politique.


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Par David, le 6 février 2008

C’est moi monsieur anonyme.

Jérôme c’est un lieu de discussion mais évites quand même les messages-fleuves parce que ça donne pas envie de te répondre.

Personnellement je suis le premier à toujours relativiser mon point de vue quand j’en ai un et pour dire que ma vision occidentale est différente de celle d’un yougoslave qui a connu la guerre. Toutefois, il y a des choses qui sont des faits et que la différence de vision ne change pas : le monténégrin est bien la même langue que le serbe, le serbe et le croate ont bien une proximité considérable (ils se lisent parfaitement !), ce qui a divisé la Yougoslavie à l’origine (c’est-à-dire bien avant la naissance de la Serbie au 19ème siècle) c’est bien les seules différences religieuses, la naissance d’un Monténégro indépendant ou d’une partition de la Tchecoslovaquie auraient bien pu être éviter, et enfin, dernier constat (et là je répète ce que j’ai déjà dit dans un message précédent) : la prolifération des petits Etats n’empêchera pas l’Europe d’avancer mais alourdit sa gestion administrative.

Enfin, concernant tes reproches du type "vs dites qu’ils auraient dû faire ceci ou cela", mais je te ferais remarquer qu’il nous est tout de même permis de constater que certains faits historiques sont regrettables (ce qui ne veut pas dire que la réaction du peuple nous est incompréhensible... soit dit en passant je ne vois pas d’où tu sors que l’on s’étonne du rejet de la constitution européenne par les français en 2005, personnellement ça ne m’a pas étonné, mais ça ne m’empêche pas de l’avoir regretté : là encore ce n’est pas parce que le peuple vote pour un truc que tu es obligé de juger que c’est le bon choix).


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Par Jérémie Gomand, le 14 février 2008

À David et à Valérie, pour clore les débats. Mon prénom n’est pas Jérôme. Mais je suis habitué à cette confusion. ;-) À David. Retenu pour les messages longs donc peu engageants. Même les journaux "sérieux" réduisent la taille de leurs articles puisque tout va plus vite et que la majorité veut des textes plus courts. Alors il faut s’adapter. Mais le message le plus long du lot ci-dessus, c’est toi qui l’a écrit. :-p J’accepte la remarque sur notre droit à juger d’un côté, tout en "comprenant" de l’autre, à condition que l’un aille toujours avec l’autre. À Valérie. La remarque sur les diplômes ne sert à rien. Chacun doit essayer d’être à la hauteur de son évolution intellectuelle. Et passer d’opinions de sens commun (qui ont peu d’intérêt même si chacun y a droit comme tu dis) à des positions réfléchies inspirées des apports des sciences sociales. Tu le fais pour ce que tu dis sur les langues ou sur l’origine construite des appartenances ethniques, beaucoup moins en insistant sur les intérêts des peuples en oubliant que les positionnements se font beaucoup plus en fonction de l’identité et des valeurs. J’ajouterai (un peu méchamment je reconnais, mais tu l’as cherché) que, vu la valeur des diplômes en sciences sociales en Europe continentale, non ça ne me rassure pas sur ta crédibilité... Et de toute manière je juge sur ce qui est écrit et sur les fondements et la cohérence d’une position. Pour le reste je renvoie à ce que j’avais écrit les 4 et 5 février. Merci pour ces échanges, certes un peu tendus (pas grave, le conflit est naturel, et l’harmonie à conquérir), mais néanmoins enrichissants. Les mésententes viennent beaucoup du fait qu’on ne parlait pas sur les mêmes plans (politique / sociologique, normatif / analytique), nous aurons appris à mieux les distinguer, moi d’abord Bien à vous et bonne continuation. Et même si je n’y vis plus, vive l’Union européenne, rare espoir d’harmonie et de stabilité dans un monde incertain.


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Par valérie, le 21 février 2008

une seule conclusion : Les Balkans, même quand ce n’est que le Monténégro si paisible, ça fache !


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Par thomas, le 22 février 2008

Je suis assez d’accord avec Jérémie : peut on demander à un peuple qui a frôlé le nettoyage ethnique de se réconcilier avec le peuple qui a tenté de le "nettoyer", au nom du caractère sacré des frontières des Etats ? Il y a peut être 10% d’indépendantistes en Bretagne : ne pensez vous pas que si la France avait massacré du Breton il y a 10 ans, ce chiffre serait plus élevé ? Je trouve effarant les commentaires dans divers quotidiens en ligne, allant de la "conquête islamique d’un territoire chrétien" au déni du droit d’un peuple à ne pas vivre dans le pays qui a tenté de le rayer de la carte. L’Europe peut accompagner, réglementer, imposer un agenda, pas interdire à un peuple d’accéder à l’indépendance. La seule autre solution, c’était la purification ethnique du Kosovo et la réinstallation massive de Serbes sur ce territoire. Quelqu’un a des regrets ? L’indépendance de ce micro-Etat, gangréné par la corruption, ne fait plaisir à personne. Mais elle est la solution "la moins pire", car elle permettra à la Serbie de tourner la page : les hooligans qui ont foutu le feux aux ambassades avant de piller des commerces (serbes) ne sont pas plus représentatifs du peuple Serbe que les skinheads hongrois qui ont attaqué la télévision publique et bloqué le parlement pendant des semaines il y a un peu plus d’un an...

A côté de cela, il y a un une "solidarité" chrétienne visible, un racisme latent envers les kosovars (qui oscille entre "mafioso" et "islamiste"), et ce pro-serbisme fatiguant de la société française... on parle beaucoup de Balkanisation, sans arriver à admettre que les dirigeants Serbes sont les premiers responsables de l’éclatement de la Yougoslavie ! Tous les Croates ou Bosniaques que j’ai rencontré regrettent l’éclatement de la fédération, aucun ne voudrait pourtant vivre sous domination Serbe aujourd’hui !


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Par valérie, le 25 février 2008

Ce n’est pas la question du si, mais du comment. Tous ont des torts dans cette histoire, et la communauté internationale et les Etats de l’UE aussi. Adopter une résolution 1244 d’abord, puis faire l’inverse n’était pas très élégant, ni très juste. Et s’empresser de reconnaître le Kosovo (dès les premiers jours - alors que bcp de pays annoncent vouloir attendre plus de négotiations) sans avoir de position commune est étrange.

Prenons l’exemple des positions de l’Allemagne et de l’Espagne respectivement. L’Espagne craint les velléités indépendatistes de la Catalogne et refuse donc la reconnaissance du Kosovo. L’Allemagne reconnaît le Kosovo. Est-ce qu’on peut en déduire que l’Allemagne serait indifférente à une désintégration de l’Espagne ? L’un des deux doit se tromper dans son appréciation des risques... De plus, si on se mettait d’accord au sein de l’UE de ne pas reconnaître et intégrer des entités qui se sépareraient des Etats-membres, y aurait-il ce risque ? (Je n’imagine pas une seconde que la Catalogne opte pour une existence indépendante mais exclue de l’UE. Vous ?)


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