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La Lituanie ne faisait initialement pas partie du groupe de pays censés entrer dans l’UE en mai 2004, au cours du dernier élargissement. Ce n’est en effet qu’en 1999, au sommet d’Athènes, que les négociations d’adhésion ont été ouvertes avec elle. La population lituanienne a accueilli très positivement l’idée de l’entrée dans l’UE puisque 91 % des Lituaniens s’étant exprimés lors du référendum d’adhésion (63% de participation) ont voté pour l’accession de leur pays à l’UE.
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La Lituanie est donc entrée dans l’UE le 1er mai 2004. En terme de poids relatif dans les différentes institutions, il est intéressant de noter que les députés lituaniens aux Parlement européen sont au total 13 sur les 732 que compte l’assemblée, répartis comme suit : sept au sein de l’ALDE (Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe), deux au sein du PSE (Parti Socialiste Européen), deux au sein du PPE-DE (Groupe du Parti Populaire Européen et des Démocrates Européens) et enfin deux au sein du parti souverainiste de l’Union pour une Europe des nations (UEN).
La commissaire lituanienne est Dalia Grybauskaite et est en charge de la programmation financière et du budget au sein de la Commission Barosso. Afin d’avoir une idée du poids que peut représenter la Lituanie au sein du Conseil des ministres de l’UE, retenons que celle-ci possède sept voix dans les votes à la majorité qualifiée (fixée en annexe du traité de Nice) qui nécessite 232 voix sur 321 pour être adoptés, ce qui la place dans le groupe démographique composé par la Slovaquie, l’Irlande, la Finlande et le Danemark.
Une intégration apparemment bien menée
Sans vouloir porter de jugement hâtif, force est de constater que la Lituanie, qui a été un des premiers pays à remplir les critères de Copenhague, fait figure aujourd’hui de bon élève de l’UE. Et ce constat est valable non pas seulement en comparaison avec les dix nouveaux Etats membre, mais aussi vis-à-vis du reste des 25. Pendant la période de pré-adhésion, la Lituanie avait déjà réalisé des progrès importants sur des dossiers parfois sensibles. Ainsi, selon un avis de la Commission européenne de 1997, les critères politiques (démocratie, droits de l’homme, primauté du droit, protection des minorités) étaient alors déjà satisfaits, ce qui n’était pas le cas de l’ensemble des pays candidats. Au niveau des systèmes administratif et juridique et en matière de lutte contre la corruption, des réformes importantes ont été adoptées, permettant de mettre en place les capacités administratives nécessaires à la participation aux politiques communautaires.
Rappelons ici que le Seimas a envoyé un signal fort à destination de l’UE en matière de lutte contre la corruption, en destituant le président Paksas en 2004 et en poussant à la démission l’ancien ministre de l’économie -Viktor Ouspakitch, actuel chef de file du parti du travail (DT)- pour avoir profité de sa position à des fins personnelles. La corruption demeure néanmoins un problème récurrent dans le pays. Ainsi, en 2005, l’ONG Transparency International classait la Lituanie au 44ème rang mondial des pays les moins corrompus (20ème pays au sein de l’UE à 25) avec un indice de 4,8 sur 10, preuve que des progrés importants restent à accomplir. Dans les autres dossiers sensibles ayant occupé une place centrale dans les négociations de pré-adhésion figurait la question primordiale de la centrale nucléaire d’Ignalina, considérée par l’UE comme hautement dangereuse (la centrale est équipée de deux réacteurs nucléaires datant de l’époque soviétique identique à ceux de celle de Tchernobyl). L’arrêt du premier réacteur a eu lieu le 31 décembre 2004, l’arrêt du second étant prévu pour 2009. Cette fermeture cause néanmoins de très vives inquiétudes en terme d’indépendance énergétique de la Lituanie, cette centrale fournissant actuellement plus de 75% de l’électricité consommée dans le pays. Notons également du point de vue des "performances" politiques et administratives, que la Lituanie est arrivée cette année en tête du peloton européen en terme de transposition dans le droit national des directives européennes.
Ce critère est important aux yeux de la Commission Européenne car il reflète en quelque sorte la bonne coopération de l’Etats membre et sa participation à "l’effort communautaire". Autre preuve de l’engagement européen de la Lituanie : le pays a été le premier à ratifier par voie parlementaire, le 11 novembre 2004, le traité établissant une constitution pour l’Europe, par 84 voix pour, 4 contre et 3 abstentions.
Une diplomatie active sur le "front de l’Est"
La Lituanie brille également depuis son accession à l’UE sur la scène diplomatique, notamment dans le contexte de la politique de voisinage avec les pays frontaliers de l’UE à l’Est, aire géostratégique de première importance au carrefour des zones d’influence russe et européenne. En effet, la Lituanie a à plusieurs reprises joué un rôle de modérateur et de « pont » entre l’UE et les pays de l’ex-espace soviétique. Comme le fait remarquer Gilles Dutertre sur le site Internet du Comité de liaison pour la solidarité avec l’Europe de l’Est (COLISEE), « on constate aujourd’hui que la "petite" Lituanie est présente sur les fronts diplomatiques les plus chauds où beaucoup d’autres ne s’aventurent même pas. ».
Pour retenir quelques exemples marquants de ce volontarisme diplomatique, citons le rôle central joué par le président Adamkus au côté du président polonais Aleksander Kwasniewski et du haut représentant de l’UE pour la PESC, Javier Solana, au cours de la "révolution orange" en Ukraine. Il est d’ailleurs essentiel de garder à l’esprit que la Lituanie est aujourd’hui un des pays qui milite le plus activement pour l’entrée de l’Ukraine au sein de l’OTAN et pour l’ouverture des négociations d’adhésion entre l’Ukraine et l’UE. La ligne diplomatique de l’Etat balte est la même vis-à-vis de la Géorgie ou encore de la Moldavie. Pourtant, la situation géostratégique de la Lituanie dans la région est plus que sensible : il faut ainsi rappeller que le pays est lié à la Russie sur le plan commercial comme énergétique, ce qui n’a certes pas empêché le Seimas, appuyé par le gouvernement lituanien, de demander à la Russie de reconnaître l’occupation soviétique et de demander des indemnités à cette dernière. Les signaux envoyés à multiple reprises à l’égard de la Biélorussie (condamnation de la dictature par le Président Adamkus, accueil à Vilnius de l’université européenne des sciences humaines de Minsk interdite par le régime de Loukachenko, et reconnaissance de celle-ci comme vingt-deuxième université de Lituanie) sont autant de preuve d’un certain courage politique de la diplomatie lituanienne.
« Ombre noire » au tableau, si tenté que l’on puisse s’exprimer en ces termes, la Lituanie est définitivement atlantiste et ouvertement proaméricaine et ses aspirations européennes en sont en quelque sorte parfois relativisées. Le pays a ainsi pris part aux opérations militaires en Irak et conserve encore aujourd’hui un contingent de soldats dans le pays. Très attaché à l’OTAN, la Lituanie a pourtant milité pour la création d’un poste de ministre des Affaires étrangères de l’Union, lors des travaux de la Convention qui a rédigé le projet de "Constitution" européenne. L’atlantisme lituanien, qui n’est pas le seul fait de l’Etat balte mais plus largement d’une majorité des nouveaux entrants, s’explique facilement par des raisons historiques. Elles vont du rôle joué par les Etats-Unis lors de la chute du bloc soviétique, au sentiment ancien de menace russe et biélorusse, en passant par la présence du plus important foyer de population émigrée lituanien aux Etats-Unis.
L’économie entre croissance et déséquilibres
Il convient maintenant de se pencher sur les performances économiques de ce pays. Une fois de plus, la Lituanie fait partie des pays qui affichent les meilleurs résultats depuis leur adhésion à l’UE. En effet, la République lituanienne est aujourd’hui la deuxième économie la plus dynamique des Nouveaux États Membres (NEM). Les indicateurs économiques du pays parlent d’eux-mêmes : le PIB a crû de 9,7 % en 2003, taux le plus élevé d’Europe, de 7,2 % en 2004, et de 8,8% au 4ème trimestre 2005 (à titre de comparaison pour 2005, l’Espagne affichait une croissance de 3,5%, la République tchèque de 5% et les Pays-bas de 1,6%) ; quant au taux de chômage il s’établissait à 8,1% en 2005, pour une moyenne de 8.8% dans l’UE des 25 en juin 2005. L’économie lituanienne semble ainsi en bonne forme, et ce dans une perspective de moyen-terme. La croissance lituanienne repose notamment sur le secteur portuaire car elle constitue un point d’entrée stratégique vers les marchés de la CEI (communauté des Etats indépendants) qui comprend la Russie et les anciens pays de l’Union soviétique, à l’exception des pays baltes. Sa situation géographique lui a par ailleurs permis d’établir avec le temps de bonnes relations tant avec l’Allemagne qu’avec la Russie. L’économie lituanienne est aussi la plus diversifiée des Etats baltes avec un dynamisme particulièrement marqué dans les secteurs de l’agroalimentaire, du raffinage, du textile, du bois ainsi que dans celui des nouvelles technologies.
De nombreux progrès restent pourtant à accomplir pour consolider les structures économiques de la Lituanie, notamment en terme de disparités économiques, sociales et géographiques, et pour répondre aux objectifs de Lisbonne. Un chiffre significatif des défis à venir est la part de la population active employée dans le secteur agricole qui s’élevait à 17% en 2005 (contre moins de 5% pour la quasi totalité des pays d’Europe occidentale. Le pays, qui espérait encore récemment entrer avec la Slovénie dans la zone euro en 2007, avait consenti à des efforts importants pour atteindre cet objectif. En avril 2006, la Lituanie remplissait ainsi quatre des cinq critères nécessaires à son accession à la zone euro, seul son taux d’inflation était supérieur de 0,2 à 0,3 point au taux prodigué actuel de 2.6%.
La Direction générale "affaires économiques" de la Commission européenne, partagée entre son souci de respect scrupuleux des critères et la volonté de faire entrer au sein de la zone euro des pays à l’économie dynamique, a finalement rendu un avis négatif à la fin du mois d’avril concernant le dossier lituanien. Rappelons tout de même qu’à ce sujet, certains des pays actuellement membres de la zone euro ne se gênent pas pour transgresser les règles de Maastricht, et ce dans des proportions autres que celles reprochées à la Lituanie. De plus, comme dans le cas estonien, il apparaît évident que si le pays affiche un taux d’inflation légèrement supérieur aux critères requis c’est avant tout du fait de sa croissance dynamique et de facteurs extérieurs comme la hausse des prix du pétrole. Les critères de Maastricht sont par ailleurs ailleurs critiqués par de nombreux économistes quant à leur pertinence et leur efficacité économique. Dernier élément enfin, la crise gouvernementale que traverse la Lituanie ses dernières semaines pourrait retarder encore davantage l’adhésion du pays à la monnaie unique.
Pour clore ce volet consacré à la dimension politique et économique de la Lituanie, il convient de garder à l’esprit que ce pays, souvent qualifié de « petit » pays ne l’est pas tant que ça, tant par sa superficie (la Lituanie est plus vaste que l’ensemble du Benelux ou que le Danemark) que par ses progrès accomplis dans les domaines politique et économique. Son rôle au sein de l’UE est donc central, notamment du fait de la fonction d’interface que peut avoir l’Etat balte dans le cadre de la politique de "bon voisinage" de l’UE avec ses voisins de l’Est. Son rôle pourrait se voir également renforcé dans l’optique de futurs élargissements. Même si des progrès restent à faire, notamment en terme de stabilisation des indicateurs macro-économiques et de stabilité politique, le bilan de ce pays deux années après son accession à l’Union est très positif et les efforts accomplis sont considérables.
La suite de cette découverte de la Lituanie : "Les Lituaniens, des racines et des ailes"
Crédits cartographiques et photographiques :
BEAUVOIS Daniel, Pologne : Histoire, société, culture, éditions de La Martinière, 2004, 512 p.
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