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Lille, rendez-vous de certains Européens

De l’art d’associer, sans trop, les citoyens à la Présidence française de l’UE…

La présidence semestrielle du Conseil de l’Union européenne est traditionnellement l’occasion idéale pour les Etats membres qui en héritent de renforcer l’attachement de leurs citoyens à la construction européenne. En se faisant le chantre de l’ « Europe protection » (actions dans le domaine de la défense, de l’immigration, de l’énergie et du climat) et en parlant de « présidence citoyenne », le Président Sarkozy tient à se montrer à l’écoute de ses concitoyens qui voient plus souvent l’Union européenne comme une menace que comme une solution aux enjeux contemporains. Il veut leur redonner l’envie d’Europe. Paris, qui présidera l’Union du 1er juillet au 31 décembre de cette année, hésite toutefois à donner tout son sens au concept de « présidence citoyenne ». Au sommet de l’Etat, on se demande comment associer, sans trop, les citoyens à la préparation de la présidence française de l’Union européenne… Le « Rendez-vous des Européens », après-midi de débats sur « l’identité européenne », organisée par le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, ce 7 mai, à Lille, a été l’expression de cette ambiguïté.

Le programme de la présidence citoyenne

Les huit conventions thématiques régionales ont été abandonnées au profit d’événements ponctuels. Le concept de "présidence citoyenne" se traduit donc finalement par une série de rencontres intitulée "Paroles d’Européens". Ces journées de réflexion seront de deux sortes :

- des événements organisés par le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes :

13 juin 2008 à Marseille : Les citoyens français et les enjeux de la future Présidence française de l’Union européenne
10 et 11 octobre 2008 à Nantes : La Rentrée des jeunes Européens : les nouvelles générations face à l’Europe de demain

- des manifestations organisées par la société civile :

21 juin 2008 à Lyon : Les Etats généraux de l’Europe organisés par EuropaNova, le Mouvement Européen et Notre Europe sur "la citoyenneté européenne"
4, 5 et 6 septembre 2008 à La Rochelle : Le Forum civique européen organisé notamment par la Ligue de l’Enseignement et le CIDEM sur "Mobilité, dialogue, participation"
Un colloque européen des think tanks ("think global act european" organisé par Notre Europe, Aspen et la Fondation pour l’innovation politique, le vendredi 23 mai 2008, à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris

Lille, rendez-vous des Européens de coeur

En soulignant dès l’ouverture des débats que pour les Polonais, « l’Europe a pendant longtemps été un rêve » et qu’au 1er mai 2004, jour de l’adhésion des dix nouveaux Etats membres à l’Union européenne, des milliers de Polonais avaient « les larmes aux yeux en voyant le drapeau européen hissé à Varsovie », Bronislaw Geremek, Député européen reconnu et grand historien francophile, est parvenu à émouvoir le petit millier de spectateurs (étudiants, retraités, etc.). L’ancien ministre des Affaires étrangères de Pologne - que certains, tel le politologue Dominique Reynié, verraient bien endosser dès 2009 le costume de premier Président du Conseil européen - s’est permis de rappeler à l’ancien Premier ministre français Michel Rocard, qui déplorait la mort de "l’Europe politique" et dénonçait l’excès de libéralisme des nouveaux Etats membres, que ces mêmes Etats ont laissé 40 ans à l’Europe de l’ouest pour se préparer à l’unification de l’Europe : « C’est en France que l’on a inventé le « fantôme » du plombier polonais […]. Pour avoir la politique de solidarité européenne dont nous avons besoin, il faut que nos dirigeants politiques soient capables de communiquer. »

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Bronislaw Geremek

Conseiller de Lech Walesa durant les années 1980, Ministre des Affaires étrangères de Pologne (1997-2000), il est depuis 2004 Député européen. Il a notamment reçu le prix Charlemagne en 1998.

Les intervenants s’accordant sur les valeurs fondamentales forgeant l’identité européenne (la liberté, l’Etat de droit, la solidarité pour Bronislaw Geremek ; la paix et la sécularité pour Michel Rocard ; la solidarité et la paix pour Martin Hirsch ou encore la mobilité et l’égalité homme/femme pour Lilli Gruber), cette discussion a plus été l’occasion d’un dialogue ouvert entre une nouvelle génération d’Européens et ses aînés qu’un débat animé. Alors que Lilli Gruber, Députée européenne italienne, issue de la région italienne mais germanophone de Bolzano (limitrophe de l’Autriche) s’est exclamée : « Depuis toujours, je me sens citoyenne européenne ! », Martin Hirsch, Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté a rappelé qu’il est le petit-fils d’Etienne Hirsch, l’un des quatre rédacteurs de la déclaration Schuman du 9 mai 1950. Il a dit retenir de son grand-père « que l’impossible est possible [ex. la paix entre les Européens], qu’il faut dialoguer, écouter, travailler avec les autres, et comme disait Jean Monnet, [qu’] il vaut mieux vouloir faire quelque chose que de vouloir être quelqu’un ». L’ancien président d’Emmaüs s’est ainsi réjoui de la ratification progressive dans les différents Etats membres du Traité de Lisbonne et de la probable entrée en vigueur en 2009 du mécanisme de « l’initiative citoyenne » qui permettra à un million de citoyens européens de demander à la Commission européenne de faire une proposition de loi dans un certain domaine. Pour lui, avec cette procédure, « on a de bon trucs à faire devant nous ! »

Une présidence un peu plus citoyenne

Jean-Pierre Jouyet répond aux blogueurs

(vidéo par "Alex de Melun")

Cette séance d’ouverture a été suivie de discussions en ateliers, composés d’un nombre relativement important d’intervenants issus d’autres Etats membres et s’intéressant à des thèmes variés, censés interpeller tous les citoyens européens : « La mobilité des jeunes en Europe, une affaire de riches ? », « Enseignement supérieur : Peut-on imaginer un Harvard européen ? », « Pourquoi l’Europe n’intéresse pas les médias ? », « La culture européenne peut-elle s’exporter ? », « Européens d’hier, Européens d’aujourd’hui, quelle mémoire commune ? », « Internet, vecteur d’une identité européenne ? ». Diffusées en parallèle sur la chaîne TNT Public Sénat, les séances plénières de cette journée riche en discussions devaient également permettre au plus grand nombre de s’intéresser aux enjeux européens. La couverture médiatique de l’événement s’est également révélée quelque peu plus « citoyenne » qu’à l’accoutumée puisque au-delà des journalistes locaux et nationaux présents, une dizaine de blogueurs étaient invités à parcourir les allées du Grand Palais de Lille et à interroger les personnalités de leur choix (par ex. les ministres Jean-Pierre Jouyet, Xavier Darcos ou Rama Yade) sur leur vision de l’Europe.

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Jean-Pierre Jouyet répond aux blogueurs

Le Secréraire d’Etat aux Affaires européennes se plie au jeu des questions et réponses avec une dizaine de jeunes blogueurs.

Cette innovation, censée contribuer au retentissement médiatique de l’événement, a conduit toutefois à certains couacs… Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, a ainsi refusé sèchement à un blogueur de s’exprimer sur le rôle de l’Europe dans nos quartiers, ce qui a selon certains internautes quelque peu terni l’image de cet événement prévu pour être sans tabous. On regrettera d’ailleurs à ce titre le manque de temps laissé à la discussion entre les orateurs et le public du Rendez-vous des Européens... un classique pour ce genre de réunions ! C’est dire s’il est difficile d’organiser une présidence citoyenne, intéressant vraiment tous les citoyens, faisant oublier les blessures de la campagne référendaire de 2005, ne faisant pas croire au grand soir européen et miroiter des progrès décisifs à court terme,... On ne saura d’ailleurs pas quelles sont les raisons qui ont finalement poussé le gouvernement à réduire la voilure de cette présidence citoyenne, à renoncer à l’organisation de huit conventions thématiques dans les différentes circonscriptions électorales européennes de France et à privilégier un petit nombre d’événements, bien souvent organisés par la société civile et n’ayant pas lieu avant mais pendant la présidence française de l’Union européenne. Le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes a-t-il été dépassé par la situation ou certains se sont-il opposés en haut lieu à ce que l’on parle d’Europe dans toutes les régions de France, peu avant la présidence française ? Au regard du sondage CSA réalisé en amont de ce Rendez-vous des Européens et qui indique que pour les habitants du Nord/Pas-de-Calais, les Européens partagent plus un système économique (24%) qu’un projet politique (20%), une culture (11%) ou des valeurs (7%), il reste du travail à faire pour que ce genre de « grande communion européenne » touche tous les citoyens européens et soit donc quelque chose qui aille au-delà du rendez-vous des Pro-Européens...

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15 mai 2008

Par Gaëtan CLAEYS

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