PIERRE MOSCOVICI : « Pour réussir une présidence de l’UE, il faut de la modestie, mais Nicolas Sarkozy connaît-il le sens de ce mot ? »

Entretien avec le "Monsieur Europe" du PS français
28 avril 2008, Par Benoît ROUSSEL, Mathieu COLLET , Filip ENGEL, Pierre ROCA, Begum BULAK
Ancien député européen et ministre des affaires européennes dans le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), Pierre Moscovici, aujourd’hui député du Doubs, est le "Monsieur Europe" du Parti socialiste français. Partisan du oui au Traité constitutionnel et au Traité de Lisbonne, ce social-démocrate proche de Dominique Strauss-Kahn aspire aujourd’hui à de plus grandes responsabilités nationales, en briguant la succession de François Hollande au poste de Premier Secrétaire du PS. Cette ambition affichée explique peut-être le ton particulièrement incisif de l’entretien qu’il a accordé aux Euros du Village à l’occasion du Forum de Paris. Que ce soit au sujet de l’Union pour la Méditerranée, de la future présidence française de l’Union européenne ou de la politique nationale, c’est un discours sans concession qu’a tenu P. Moscovici. Il distribue sans hésitation lauriers et critiques, à droite comme à gauche.

Répondant aux questions des Euros du Village au sujet de l’Union pour la Méditerranée, Pierre Moscovici a tout d’abord salué la « bonne intuition » de Nicolas Sarkozy consistant à relancer le partenariat euro-méditerranéen… avant d’en critiquer systématiquement la méthode. Ainsi, le projet initial d’une Union Méditerranéenne non-ouverte à tous les membres de l’UE lui apparaît elle comme une « faute politique absolument majeure » car consistant à « recréer une frontière franco-allemande pour la première fois depuis 1957 ». Le retour de l’Union pour la Méditerranée dans le cadre du partenariat euromed représente donc pour M. Moscovici la seule option « réaliste », mais aussi un « échec » pour le chef de l’Etat, auquel il se permet même de donner un conseil : « arrêtez de parler à Henri Guaino », son conseiller spécial à l’origine du projet. Le député socialiste énonce trois conditions nécessaires selon lui au succès de l’Union pour la Méditerranée : une grande implication des sociétés civiles, une place importante laissée aux financements privés et enfin un fonctionnement reposant sur la « codécision » entre Nord et Sud. Finalement, il met en garde contre les « agendas cachés » qui voudraient faire de l’Union pour la Méditerranée un « substitut » à l’entrée de la Turquie dans l’UE, car elle ne deviendrait alors qu’un « repoussoir ».
Le parcours de Pierre Moscovici
Né à Paris en 1957, membre du Parti socialiste français, Pierre Moscovici est titulaire d’un DEA en économie et en philosophie, diplômé de Sciences-Po Paris et enfin de l’ENA. Son cv bien rempli allie les postes nationaux et européens, parlementaires et exécutifs, officiels et associatifs. Actuellement député du Doubs (depuis 2007) et président de la communauté d’agglomération du Pays de Montbéliard (depuis 2008), il fut auparavant député européen (1994-1997 puis 2004–2007), ministre délégué aux affaires européennes dans le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), mais aussi président du think tank « A gauche en Europe »et du Mouvement Européen-France. Il fut également membre, en tant que représentant des autorités françaises, de la Convention sur l’avenir de l’Europe ayant élaboré le Traité constitutionnel. Secrétaire national du PS aux affaires internationales, il devrait briguer dans quelques mois la succession de François Hollande au poste de Premier Secrétaire du PS.
Se penchant ensuite sur la future présidence française de l’Union européenne, M. Moscovici énumère, à la lumière de son expérience de ministre des affaires européennes durant la présidence française précédente, trois conditions pour une présidence réussie : la « modestie », le « respect pour les partenaires » et « l’exemplarité, notamment en matière de finances publiques ». Trois conditions que Nicolas Sarkozy, de par son attitude « nationaliste, arrogante et irritante », serait loin de remplir. En termes de priorités politiques pour la présidence française, l’ancien député européen prône le lancement d’une réflexion sur l’avenir de la stratégie de Lisbonne, dont le premier cycle arrivera à son terme en 2010.
Abordant enfin la politique nationale, l’actuel secrétaire national aux questions internationales implore son parti d’abandonner ses « querelles byzantines » sur les questions institutionnelles, qui n’ont selon lui rien apporté d’autre que « deux ans de débats stériles, avec des arguments parfois stupides ». Au lieu de cela, il serait grand temps de « refaire de la politique », en se consacrant à des thèmes concrets comme la réduction des inégalités ou la préparation d’une plateforme commune avec les autres partis socialistes de l’UE pour les élections européennes de 2009. L’enjeu, selon le candidat au poste de Premier Secrétaire, ne serait autre que de faire « enfin du PS un parti européen ». A bon entendeur, …
© Euros du Village ASBL
Espace réactions (2)
Par François TATARD, le 4 mai 2008
Quelle union européenne ? Où est-elle ? La France ne connait plus la démiocratie depuis 1958 et la généralisationn des lamentables usines de godillots que sont les scrutins majoritaires, dans une Constitution si facilement manipulable.
Lettre d’un grand père allemand à son petit-fils français
LA CONSTITUTION FRANCAISE DE L’EUROPE
Mon cher petit-fils,
J’ai été surpris de voir ton esprit civique à un âge où on se fout pas mal de pareilles billevesées. J’ai été encore plus surpris de m’apercevoir que tu avais déjà l’âge d’aller voter. Tu veux que je lise pour toi cette énorme et confuse élucubration et que je t’en fasse un résumé assorti de conseils judicieux.
Je l’ai relue dans cette optique et je te fais grâce d’explications détaillées.
La présentation est un peu ringarde car, elle ignore superbement la norme AFNOR de numérotation des chapitres, titres et sous-titres. Le repérage est pénible.
C’est donc une constitution française pour l’Europe. On y retrouve la « patte » de l’Ecole Nationale d’Administration, familière à tous les lecteurs du « JOURNAL OFFICIEL DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE ». En l’occurrence, c’est précis comme l’analyse d’un avion renifleur. On y retrouve une forme et une subtilité spirituelle déjà appréciés avec la législation sur l’invention de l’avoir fiscal, sur l’imposition des plus values, et les réglementations catastrophiques sur le « regroupement familial », enfin tout ce qu’un journaliste appelait avec humour « l’autoritarisme mou ».
Comme dans nos lois inapplicables (littoral et SRU 2000, Etc.…), le verbe pouvoir remplace le verbe devoir, ce qui permet aux décideurs une abstention légale et une inefficacité certaine. Là encore, le législateur laisse la décision aux hauts fonctionnaires et aux juges administratifs. Enfin, comme dans toutes les législations françaises, les dérogations abondamment prévues transforment les meilleures intentions en vœux pieux parfaitement inutiles.
Lorsqu’il a fallu abandonner le droit régalien de « battre monnaie », on n’a pas eu besoin de constitution. L’impossibilité de faire tourner la planche à billets, pour boucher les trous du budget par des dévaluations, ne permet plus le déficit budgétaire programmé, ni la gestion sur une hypothétique croissance.
Ignorant superbement cet incontournable postulat, la constitution imaginée par des Inspecteurs des Finances, entérine les mauvaises manières de la quatrième République, ressuscitées par François MITTERAND et poursuivies par les « blancs bonnets » qui ont succédé aux « bonnets blancs ». Les mêmes se retrouvent avec bonheur pour approuver des deux mains ce qui condamne le système.
Que dire de cette phrase de l’article I – 16 (2) qui prévoit la nécessité d’une coopération loyale entre les rouages de cette organisation farfelue. Une coopération loyale ? Cela va sans dire et cela va encore mieux en ne le disant pas. On a vu ce que cela donnait pour accompagner la douteuse intervention américaine en IRAK. Quelle belle et loyale unanimité.
Enfin, cerise suprême sur le gâteau, la procédure de révision semble inspirée par notre code de l’urbanisme au chapitre de la révision du Plan d’Occupation des Sols (le fameux P.O.S amoindri en P.L.U). Puisqu’on peut la réviser, à quoi sert-elle si le suffrage universel n’intervient plus ?
Le rêve d’une Europe centrée sur le fameux « noyau dur de base », se répandant comme une tache d’huile destinée à s’étendre, en intensité, par l’unification des institutions, fiscales, économiques et sociales, ne se traduit pas dans ce verbiage vaseux.
A vouloir tout prévoir, on s’enferme dans un carcan parfaitement irréaliste. Le plus étonnant c’est de voir l’Allemagne avaler de telles couleuvres. Il est vrai qu’engourdie dans une repentance obligatoire des jeunes générations pour les folies de leurs anciens, elle n’ose plus rien dire. En lisant cette débauche de verbiage de la constitution française de l’Europe, on peut se remémorer l’affiche de la propagande allemande de 1938 : Un balai « européen » dépoussiérait devant la porte en expulsant un coq bleu blanc rouge, courroucé, avec des livres et des journaux à la mode française. La légende :
« Dehors le fatras français », est redevenue d’actualité.
Il suffira de remplacer le nom d’un des journaux balayés par celui de « constitution française pour l’Europe », pour rajeunir l’affiche.
Mon cher petit fils, je n’ai pas le droit de choisir pour toi. Je déplore que le vote « blanc » n’ait pas de signification. Il serait si bon qu’il corresponde, non à un refus total, mais à la réclamation d’un organigramme cohérent assurant le succès de l’application. Je vais donc, moi aussi, employer ce fameux verbe pouvoir.
Au OUI des vaincus on peut préférer le NON de la résistance.
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