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POLOGNE : Kaczynski, la droite, rien que la droite

Lundi 24 octobre 2005. La Pologne connait son nouveau président. Le conservateur de droite Lech Kaczynski, du parti Droit et Justice (PiS), devance largement son adversaire de droite libéral Donald Tusk de la Plateforme Citoyenne (PO). Ces élections qui viennent conforter les résultats des législatives de septembre 2005, sont avant tout marquées par un clair virage à droite, après deux mandats du président social démocrate Aleksander Kwasniewski, caractérisés par des scandales à répétition.

La scène politique polonaise

Après la chute du communisme, la Pologne est passée d’un régime à parti unique ; le Parti Ouvrier Unifié Polonais (POUP), à une scène caractérisée par le pluralisme. Après une nette opposition entre les partis d’« ex-communistes » et les nouveaux partis issus du mouvement Solidarność, l’identité dichotomique de la scène politique polonaise s’est estompée pour évoluer vers un modèle d’organisation partisane « moderne » où l’opposition classique gauche-droite perd quelques peu de son sens.

Ainsi certains partis, dit de gauche, prônent un modèle économique et social libéral tandis que d’autres partis, traditionnellement classés à droite, défendent une intervention étatique poussée dans le domaine de l’économie.

Pour y voir plus clair l’échelle politique polonaise sera donc doublement décrite. Un tableau propose une classification des sept principaux partis polonais en fonction de l’échelle classique gauche-droite.

Un descriptif de leur caractéristiques principales suit.

 

Gauche modérée

UP - Unia Pracy (Union du Travail)

SLD - Sojusz Lewicy Demokraticznej (Alliance de la Gauche Démocratique)

SP - Socjaldemokracja Polska (Social-démocratie Polonaise)

Centre

PSL - Polskie Stronnictwo Ludowe (Parti Populaire Polonais)

PO - Platforma Obywatelska (Plateforme Citoyenne)

Droite

PiS - Prawo i Sprawiedliwosc (Droit et Justice)

Samoobrona - Samoobrona Rzeczypospolitej Polskiej (Autodéfense de la République de Pologne)

LPR - Liga Polskich Rodzin (Ligue des Familles Polonaises)

UP : Parti social démocrate créé en 1991. Il faisait partie de l’ex coalition gouvernementale avec la SLD et le Parti populaire polonais. Il proposait à l’origine une alternative social démocrate aux partis post communistes.

SLD : Parti social démocrate du président Kwasniewski, il a été formé en 1999 à la suite du regroupement de partis sociaux-démocrates dont une partie des membres provient de l’ancien Parti Ouvrier Polonais (POUP : parti communiste d’avant 1991). Ces racines communistes n’en font pas moins un parti réellement social démocrate modéré. Une série d’affaires de corruption ont largement contribué à la récente chute de la SLD concrétisée par son absence au second tour des dernières présidentielles.

SP : Ce parti est issu d’une scission de la SLD en 2004. Il se caractérise par une volonté de lutte contre la corruption et d’assainissement de la social démocratie polonaise

PSL : Parti paysan centriste. Il est fondé sur la tradition des partis paysans et du mouvement populaire de la Pologne de l’entre-deux guerres. Ce parti fut également le seul parti indépendant de 1945 à 1947, date à laquelle le POUP devient le seul parti autorisé sous le régime communiste.

PO : Parti libéral de centre droit. Fondé en 2001 sous l’impulsion d’anciens militants du Congrès libéral-démocrate et de l’action électorale Solidarność (syndicat des années 80, à l’origine de la chute du communisme en Pologne), PO représente un électorat de tendance libérale et des milieux d’affaires.

PiS : Parti de droite conservatrice catholique fondé en 2001. Il tire ses origines, tout comme PO, du mouvement Solidarność. Il se rattache avant tout à la tradition d’indépendance de la Pologne et représente un électorat de droite catholique. Il prône une économie libre de marché, un Etat fort et défend les idées de sécurité, de lutte contre la corruption et de défense de la tradition.

Samoobrona : Parti de droite populiste structuré autour du leader charismatique Andrzej Lepper. Il représente un électorat de déçus. Sa base électorale se trouve surtout à la campagne et dans les petites villes, parmi les chômeurs, les ouvriers non qualifiés et les travailleurs des anciennes fermes d’Etat. Samoobrona est connu pour prône de manière tapageuse un retour aux valeurs traditionnelles.

LPR : Parti conservateur ultra-catholique. Il représente un électorat d’extrême droite, d’ultra-nationalistes et d’antieuropéens. Il prône une structuration de la politique en fonction de la religion catholique, une intervention poussée de l’Etat dans l’économie et la défense des valeurs traditionnelles de travail, de famille, de patriotisme et de défense de la terre et du sang polonais.

Elections législatives et présidentielles polonaises de 2005 : le virage à droite

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Le grand gagnant des élections polonaises de 2005 est sans aucun doute le parti de droite conservatrice de Lech Kaszynski ; Droit et Justice. Avec une poussée de 111 sièges supplémentaires aux législatives par rapport aux législatives de 2001, il arrive premier en nombre de sièges à l’assemblée (Sejm Diet) [1]. C’est le parti libéral de Donald Tusk ; Plateforme Citoyenne, qui sort second vainqueur avec une poussée de 68 sièges de plus par rapport aux législatives de 2001. Mais ce qui restera probablement le plus dans les mémoires c’est la chute vertigineuse du parti du président sortant Aleksander Kwasniewski, Alliance de la Gauche Démocratique, qui perd 161 sièges à l’assemblée par rapport aux législatives de 2001. Ce parti a également brillé par son absence au second tour des présidentielles, où l’on aura vu s’affronter les deux partis de droite précédemment cités, suivis, en troisième position par le parti populiste d’Andrzej Lepper ; Autodéfense. Ce dernier enregistre en effet une croissance de trois sièges à l’assemblée.

Partis politiques polonais par ordre hiérarchique décroissant / fonction du nombre siège à l’Assemblée (Sejm) [2] en 2005.

 

Legislatives de 2001

Legislatives de 2005

Prawo i Sprawiedliwosc (Droit et Justice)

44

155

Platforma Obywatelska (Plateforme Citoyenne)

65

133

Samoobrona Rzeczypospolitej Polskiej (Autodéfense de la République de Pologne)

53

56

SLD - Sojusz Lewicy Demokraticznej (Alliance de la Gauche Démocratique)

200

55

Liga Polskich Rodzin (Ligue des Familles Polonaises)

38

34

Polskie Stronnictwo Ludowe (Parti Populaire Polonais)

27

25

Minorité Allemande

2

2

Ces résultats aux législatives se trouvent aujourd’hui confortés par ceux des présidentielles. Avec un résultat définitif de 54,47 % pour Lech Kaszynski contre 45,53 % pour Donald Tusk [3], il semble que la droite conservatrice polonaise l’a clairement emporté sur la droite libérale. C’est donc un virage clairement marqué à droite auquel on assiste aujourd’hui en Pologne. Quelles en sont les causes et les conséquences ?

La Pologne hésitante : entre modernité et tradition politique

Les élections présidentielles polonaises, édition 2005, sont caractérisées par un taux d’abstention record de 56,6% [4]. Il est important de comprendre que ce pays, comme de nombreux pays d’Europe centrale et orientale indépendants depuis peu, se cherche encore.

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La Pologne reste de fait encore tiraillée. D’un côté il y a le désir d’oublier un passé douloureux de pays doublement occupé (par l’Allemagne nazie puis par la Russie soviétique) pour mieux regarder vers un avenir de pays intégré à l’Union Européenne et adapté à un monde globalisé. De l’autre il y a la volonté de pouvoir vivre enfin pleinement et librement une indépendance tardive, de pouvoir réaffirmer une identité spécifiquement polonaise en affichant par exemple la tradition. Le poids du passé est en effet particulièrement lourd pour la Pologne et les deux derniers siècles de son histoire : les partages du pays entre la Russie, l’Empire Austro-Hongrois et la Prusse, l’occupation Allemande puis l’occupation Soviétique restent des références dans les discussions informelles tout comme à niveau plus politique. Au lendemain de la chute du communisme, c’est comme si la Pologne se retrouvait soudain libre, comme elle l’attendait depuis 1939. Mais elle s’est du même coup trouvée face à elle même, lâchée dans un monde aux codes économiques et politiques auxquels elle a dû très (trop ?) rapidement s’adapter. Le décalage était énorme. Aujourd’hui il est moins important, mais il semble que l’attachement de la Pologne à son indépendance et à sa souveraineté reste profondément ancré dans la conscience collective des Polonais. C’est probablement là une des sources majeures de craintes vis-à-vis de l’Union Européenne. On se souviendra de Bruxelles comme d’ « un nouveau Moscou ».

Le passé communiste de la Pologne a également laissé de profonde cicatrices au niveau de la confiance des masses populaires vis-à-vis des élites. Ces deux catégories sont en effet séparées par un profond fossé. Il y a les Polonais et il y a les politiques.

Sans doute peut-on voir là une des raisons des faibles taux de participation aux élections quelles qu’elles soient : Européennes : 20% de participation, Legislatives : 40% de participation, Présidentielles : moins de 50% de participation.

Dans ce contexte, nul doute qu’un parti comme droit et justice, qui se base sur les valeurs morales de la religion catholique, qui promet de lutter contre la corruption, d’engager des procédures contres les anciens membres du POUP et contre certains actes commis par la police sous le communisme, ou encore, qui affirme qu’il est important de se souvenir de ce que la Russie ou l’Allemagne ont fait à la Pologne, remportent des voix.

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Il n’est pas non plus étonnant que Plateforme Citoyenne, qui propose de supprimer les privilèges des hauts placés, de développer la sphère orientale d’influence de l’UE (zone d’influence de la Pologne) afin de lutter contre les violations des droits de l’homme en Biélorussie ou encore de faire entrer l’Ukraine dans l’UE, enregistre une forte poussée électorale.

Il s’agit dans les deux cas d’affirmer une identité propre à la Pologne, de développer son influence en tant qu’Etat indépendant, de lui faire jouer un rôle politique sur la scène internationale, tout en luttant contre « des politiques corrompus » et contre « le mal communiste ».

Les résultats du parti du président sortant sont encore moins étonnant si l’ont considère les déboires de son parti, entachés par de nombreuses affaires de corruption et d’abus de pouvoir, qui n’ont fait que renforcer cette méfiance vis à vis des dirigeants, perçus comme travaillant contre le peuple.

Il serait cependant réducteur de limiter l’analyse des résultats de ces élections à de simples explications culturelles ou historiques. Il est important de noter les difficultés économiques, concrétisées par un taux de chômage avoisinant les 20% auxquelles la Pologne doit faire face. L’écart qui sépare les populations les plus aisées des plus pauvres est également important et ne fait qu’accroître le mécontentement populaire : si le salaire moyen se trouve aux alentours de 1600 zloty par mois (400 euros), le salaire médian, lui est à environ 1200 zlotys par mois (300 euros). La Pologne semble également partagée entre milieux urbains et ruraux : alors que les moyennes et grandes villes ont largement voté pour le candidat libéral, les campagnes et les petites villes ont été le fief des électeurs conservateurs. Les classes d’ages apparaissent également séparées par un fossé d’opinion : alors que les jeunes ont majoritairement voté pour Donald Tusk, les populations plus âgées ont plutôt apporté leur soutien à Lech Kaszynski.

Ce sont sans doute là les éléments qui ont fait la différence entre le candidat libéral Tusk et le candidat conservateur Kaszynski. Le premier défend un renforcement du libéralisme, la baisse de la TVA, de l’impôt sur le revenu et sur les sociétés ainsi que l’accélération des privatisations. Le second prône une plus forte intervention de l’état dans le domaine économique et une meilleure protection sociale, mettant ainsi l’accent sur l’idée d’Etat providence.

Dans la mesure où les deux partis de droites sont au coude à coude tout autant aux législatives qu’aux présidentielles, et que leurs programmes restent très proches, un gouvernement de coalition s’impose. Reste à savoir comment les gouvernant arriveront à se mettre d’accord sur un programme et sur la manière de gouverner. Car ce dont semble avoir, avant tout, besoin la Pologne, c’est de re-créer ce lien élites/citoyens essentiel à toute démocratie viable.


[1] Cette dernière comporte 460 députés élus pour 4 ans au suffrage universel direct. Les députés sont élus à la proportionnelle avec représentation lorsque les listes atteignent 5% des voix ou 8% pour les coalitions de partis. 458 députés sont élus par le peuple et deux députés représentent d’office la minorité allemande.

[2] Taux d’abstention : 59,60%

[3] Voir les résultats définitifs sur le site du journal polonais Rzeczpospolita. www.rzeczpospolita.pl

[4] Rzeszpospolita

Espace réactions(2)

ds POLOGNE : Kaczynski, la droite, rien que la droite



Par Anna, 28 octobre 2006

Superbe article, superbe synthèse, superbe analyse ! Chapeau Jo ! A bientôt Ania

ps ;si tu avais besoind’autres infos, n’hésite pas à me le faire savoir ! J’ai fait une étude sectorielle sur les partis politiques en présence et leur position en matière de défense et d’armement Bises

ds POLOGNE : Kaczynski, la droite, rien que la droite



Par Johan, 28 octobre 2006

Merci Ania pour ce commentaire encourageant.

Ce serait intéressant qu’en tant que Polonaise, tu commentes le résultat de ces élections. Le point de vue que j’exprime reste en effet plutôt descriptif, global et extérieur. C’est une première approche analytique. Une contribution plus subjective peut, à notre sens, apporter encore plus.

Toutes les contributions sont les bienvenues. N’oublie pas, cependant, le rapport avec l’Union. Une étude sectorielle polono-polonaise, aussi intéressante soit-elle, risque de ne pas correspondre à notre ligne éditoriale. Mise en rapport avec la problématique de la politique de défense et de sécurité commune européenne, elle me semble cependant être une excellente idée.

N’hésite pas...

Bises,

Jo

ds POLOGNE : Kaczynski, la droite, rien que la droite



Par Jean-Baptiste, 28 octobre 2006

Un petit commentaire un peu tardif. Merci d’abord pour cet article fourni. Les élections polonaises n’ont été que très peu suivies depuis la France, et à part l’histoire des fameux deux jumeaux et du "retour" des hommes politiques de droite catholique on en savait guère plus. Faut-il s’étonner des résultats de ces élections ? Sans doute pas. La Pologne, comme cela a été dit, est encore dans une phase de transition. Le passé communiste si proche est bien loin d’être évacué. Les scandales politiques et les niveaux de corruption dans les milieux politiques et économiques ont des effets négatifs sur l’électorat. Ce même électorat souffre des conditions économiques et sociales apparemment assez désastreuses dont j’ai pu entendre parler. Sans qu’elle ait pu sembler "inévitable", l’issue de ce vote me semble très logique. On continue dans le registre patriotique (voir nationaliste) pour pouvoir s’affirmer en tant que nation encore récemment sous tutelle. On fait appel aux valeurs conservatrices et réactionnaires "traditionnelles" du pays (c’est-à-dire catholiques) face au délitement social dû au chômage de masse et aux politiques trop libérales. Les scandales politiques et le multipartisme aidant, on renverse des situations établies de manière assez brutale. Vu le poids démographique et économique de la Pologne parmi les 10 nouveaux Etats membres de l’Union européenne et les ambitions politiques de la nouvelle équipe en place à la tête du pays, il va sans doute falloir être attentif à se qui va se passer dans les mois à venir. On ne peut en effet pas dire que le programme politique de M. Kaczynski soit en totale adéquation avec les valeurs et objectifs proclamés par l’Union ! En attendant, je souhaite bon courage aux polonaises en mal de droit à l’avortement et aux chômeurs et salariés sous-payés du pays qui auront pu voter de bonne foi pour un redressement social du pays... comme quoi la politique cela peut être vraiment déprimant parfois !

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24 octobre 2005

Par Johan ROBBERECHT

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