RUSSIE-EUROPE : la division au sommet

Le sommet Europe-Russie s’annonçait très prometteur quant à la perspective de la signature d’ un nouveau pacte encadrant l’énergie, le commerce ainsi que les liens politiques avec Moscou. Pourtant, ce vendredi 24 novembre, le sourire n’était pas de rigueur à Helsinki au sein de la diplomatie européenne. A en croire les grises mines des fonctionnaires de l’Union, ceux-ci ont de toute évidence éprouvé quelques difficultés à tenir la bride à leur propres pays membres.
La Pologne, refusant de soutenir un nouvel accord, les représentants de l’Europe sont apparus divisés et gênés. Tout comme le dîner informel du mois dernier, regroupant les représentants de l’Union européenne et le président Poutine, au cours duquel des contentieux ont éclaté sur les questions d’approvisionnement en gaz russe, le sommet de vendredi a été marqué par une nouvelle désunion.
C’est donc bien le brouillard qui s’accumule au dessus d’Helsinki depuis quelques semaines. Les problèmes ont commencé lorsque la Pologne a refusé de signer un accord stratégique sur un partenariat entre l’Union et la Russie. Et dieu sait combien l’Union ne peut se passer de ce nouvel accord avec son plus important fournisseur d’énergie. « L’accord en vigueur date d’une dizaine d’années », soupirait en début de semaine un représentant de la Commission. « Ce dernier a été élaboré par une Russie et une Union européenne qui affichent toutes les deux des visages différents aujourd’hui »
Varsovie a cependant déclaré qu’elle imposerait son veto sur les plans européens à moins que Moscou ne décide de lever ses restrictions disproportionnées sur la viande et autres produits alimentaires polonais. La présidence finlandaise de l’UE a donc remué ciel et terre afin que la Pologne adhère au projet, mais les plans d’Helsinki se sont vus compromis par Varsovie, qui jeudi, a bloqué le consensus européen et empêché du même coup la présidence finlandaise d’obtenir un mandat de négociation.
Quelques données sur la dépendance énergétique de l’Union Européenne
Pétrole : 45% du pétrole importé dans l’UE provient du Moyen-Orient. En 2030, 90% de la consommation de l’UE en pétrole sera couverte par les importations
Gaz : 40% des importtations européennes proviennent de Russie. 30% du gaz provient d’Algérie et 25% de la Norvège. En 2030, plus de 60% des importations européennes de gaz proviendront de Russie, pour une dépendance de l’approvisionnement extérieur d’environ 80%
Charbon : D’ici 2030, 66% des besoins en charbon de l’UE seront couverts par les importations
“Chaque pays, à un moment ou à un autre, peut révéler des points tatillons » a regretté le premier ministre finlandais, Matti Vanhanen. « D’une certaine manière, nous nous devons de les comprendre, et cette fois-ci, c’est la Pologne qui a enduré quelques difficultés ».
La Pologne avait toutefois laissé entendre qu’elle serait prête à lâcher du lest dans les prochains jours. Mais son incapacité à s’entendre avec ses partenaires européens sur un mandat de négociations préalable le jeudi précédant le sommet, a fatalement conduit à une division des européens avant même l’incident à Helsinki entre l’UE et la Russie.
Varsovie avait avait posé depuis deux semaines deux conditions pour modérer sa position. Première condition, la ratification par Moscou de la « charte européenne de l’énergie » et de son protocole sur le transit, dont l’objet est de sécuriser les approvisionnements de l’Union en gaz et pétrole. La Russie avait signé ces deux documents en 1994, mais s’y refuse désormais, jouant de la division des Européens (le choix de l’Allemagne, par exemple, avec son projet de gazoduc sous la Baltique contournant la Pologne, a inéluctablement mis en colère cette dernière). Deuxième condition : les Polonais demandent aux Européens d’obtenir la levée de l’embargo sur ses exportations de viande et de légumes en Russie.
Las, la Russie a rétorqué au dédain de la Pologne en menaçant finalement d’embargo toutes les importations de viande en Europe, arguant notamment que la Roumanie et la Bulgarie n’étaient pas en situation de respecter les standards d’hygiène. « Un tel embargo serait totalement injustifié » a déclaré haut et fort le commissaire en charge de la santé et de la protection des consommateurs, Markos Kyprianou. « Nous disposons de règles de sécurité strictes en matière d’alimentation et nous comptons sur le respect de nos décisions par les pays tiers ».
La Commission européenne a depuis lors essayé d’afficher un visage rassurant en déclarant que le voyage jusqu’à Helsinki vaudrait le détour. « Nous avons beaucoup de tâches à assumer en dehors de ces négociations », a affirmé un fonctionnaire de la Commission en début de semaine. « A l’ordre du jour, l’on compte les relations économiques, l’énergie, la Georgie, l’Iran ainsi que les droits de l’homme ».
Toujours est-il que la situation des droits de l’homme en Russie n’a pas participé à une amélioration de l’ambiance ce vendredi. Pour preuve, Mr. Poutine a du faire face a des questions délicates quant à la mystérieuse affaire d’un ancien agent des services secrets russes, décédé à Londres cette semaine. Des associés d’Alexandre Litvinenko prétendent ainsi que ce dernier aurait été délibérément empoisonné suite à son opposition manifeste au Kremlin. Les autorités russes ont rejeté ces accusations en les taxant « d’absurdes ».
Le sommet Europe-Russie a exposé les divisions et la discorde dans une Europe lasse et tourmentée. « La seule et unique chose que nous souhaitons réellement entendre serait une Europe plus unie » a déclaré un officiel russe aux journalistes. « Nous sommes conscients que l’Europe endure une passe difficile et ce, juste après l’élargissement ». Malgré cela, les autorités à Bruxelles ont fait de leur mieux pour dépeindre une vision légèrement différente. Javier Solana, haut représentant pour la Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC), a scandé que l’attitude optimiste de l’Europe finirait par convaincre tout le monde. « De toute évidence, nous préférerions ne pas devoir faire face à cette situation, mais nous allons continuer à travailler dur », a-t-il déclaré à son arrivée à Helsinki. « Nous triompherons de cette situation ».
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