Transnistrie, le fantôme de l’Europe (3/3)
Troisième partie : Le dialogue Europe-Russie : comment sortir du conflit ?
9 novembre 2005, Par Mathieu COLLET , Marina SCHNEIDER
La perspective la plus réaliste de résolution du conflit serait l’obtention de l’autonomie pour la Transnistrie. L’achèvement d’une telle solution est le but de la mission de l’OSCE. La Russie, en tant que deuxième intervenant, rappelle régulièrement son intention d’atteindre cet objectif même si elle craint les conséquences de cette solution sur son système politique et sa diplomatie.
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Dans une République Moldave unifiée et pacifiée, il n’y aurait plus de sens à maintenir les troupes russes ; le risque de conflit armé dans la région disparassant alors. En outre, la possibilité que le gouvernement Moldave autorise des troupes russes à stationner sur son territoire semble peu vraisemblable. L’armée russe devrait alors quitter son dernier point stratégique de l’Europe du Sud- Est.
En plus de l’impact sur le système géostratégique, il y aurait également un important effet psychologique sur la Russie, de même que pour l’étranger. Une autre scène sur laquelle la Russie aurait pu jouer un rôle important disparaît. L’influence de Moscou sur la République Moldave diminue drastiquement avec le retrait des militaires, et la tendance déjà visible de rapprochement entre la République Moldave et l’Europe se trouverait encore renforcée, ce qui aboutirait à un affaiblissement de la dominance russe dans la région. À cela s’ajoute encore le coût financier et social du retour des troupes dans leur patrie.
Il est clair que la Russie ne souhaite pas subir tel affaiblissement. Une autre solution serait alors d’œuvrer pour la persistance du conflit transnistrien. La Russie pourrait alors justifier le maintien de ses troupes en Transnistrie par d’autres arguments :
un retrait militaire ne pourrait s’effectuer qu’à la condition que Tiraspol et Chisinau parviennent à un accord sur le statut politique de la Transnistrie ;
le facteur psychologique du refus du retrait des troupes par certains officiers locaux et par la population transnistrienne n’est pas à négliger ;
l’accord concernant un retrait des troupes russes de la région doit être ratifié par la Douma ;
la présence des troupes russes est un des principaux facteurs de la stabilité régionale.
Cette argumentation laisse percevoir combien la Russie rend le retrait de ses troupes dépendant de la résolution du conflit. Tant que le conflit persiste, le contrôle sur la Moldavie est préservé. En plus, la Russie ne va pas écarter les soldats de la zone du conflit en Transnistrie, tant qu’il y a des stocks russes d’armement et de munitions.

La Russie se positionne comme co-médiateur et garant du règlement politique du problème transnistrien sur la base de la définition du statut spécial de la région, tout en respectant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Moldavie. L’Europe est sensible à ce que, malgré l’existence de la zone de conflit, reconnue comme telle par les parties mêmes et par l’OSCE, les droits démocratiques de la population soient respectés au maximum. Dans cette optique, un accord de coopération et de partenariat, entré en vigueur le 1er juillet 1998, constitue la base des relations entre UE et Moldavie. Cet accord fournit un cadre aux relations politiques basées sur les valeurs démocratiques, dont le dialogue politique. La Moldavie est invitée à intensifier les relations politiques, économiques et culturelles avec l’Europe, de même au niveau de la sécurité, et à renforcer la coopération trans-frontalière en général, de même que le partage des responsabilités dans la prévention et la résolution des conflits. Un des objectifs principaux de ce plan sera de continuer à encourager une résolution viable du conflit transnistrien.

La coopération de la Moldavie avec l’UE se doit d’être constructive, et doit viser en priorité la résolution du conflit, en renforçant le dialogue politique avec l’UE et les autres pays voisins afin, entre autres, d’assurer un meilleur contrôle de ses frontières. L’Europe doit quant à elle poursuivre son engagement dans le soutien de l’OSCE et des médiateurs et s’assurer que la Russie respectera les engagements pris à l’occasion des accords d’Istanbul. L’UE et la Moldavie doivent également soutenir la promotion des valeurs démocratiques et du respect des droits de l’homme.

La Russie apporte d’autres aspects au conflit, notamment que cela n’a plus de sens de considérer le conflit comme un conflit ethnique. Le pouvoir et le prestige du gouvernement de la République Transnistrienne d’une part et d’autre part l’influence de la Russie en sont les principales raisons. Il est important pour tous deux que le conflit reste dans sa situation actuelle, la Transnistrie ne voulant pas renoncer à son statut, et la Russie ne voulant pas perdre son influence sur la région. Le maintien à long terme de troupes russes dans cette région figure au premier plan des intérêts russes, apportant à Moscou un important pouvoir sur ce territoire. La présence de l’armée sécurise la conservation d’une sphère d’influence russe en dehors des frontières de la confédération de Russie. On peut alors se demander dans quelle mesure il est encore utile pour la Russie de s’impliquer dans le conflit. En considérant que la Russie voit dans le conflit transnistrien un moyen de servir ses propres objectifs et utilise la situation à son avantage, il paraît peu probable que le conflit puisse se résoudre avec son aide. Mais si la Russie n’agit guère en vue de solutionner le conflit, la Moldavie a soumis au mois de juillet 2005 un projet de loi aux observateurs de l’OSCE et de la Russie accordant à la Transnistrie une autonomie territoriale, en lui accordant le statut de République.
FIN
Crédits cartographiques et photographiques :
- Le Monde diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/cartes (avec l’aimable autorisation de Philippe Rekacewicz)
Trésor de la langue française au Québec, université de laval : http://www.tlfq.ulaval.ca
News BBC : http://news.bbc.co.uk/
Travel image : www.travel-image.com
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OSCE : www.osce.org
Radio free Europe : www.rferl.org
© Euros du Village ASBL
Espace réactions (2)
Par Jacquet Gilles-Emmanuel, le 1er novembre 2006
Félicitations pour votre site !! Vos articles sur la Transnsitrie sont très intéressants et exposent bien ce conflit oublié de nos chers médias occidentaux entre Tiraspol et Chisinau. Travaillant sur ce conflit j’ai trouvé vos articles clairs et exposant bien les nombreux enjeux et intérêts des diférentes parties. Parallèlement à l’action des différents Organismes Européens Régionaux (Conseil de l’Europe, UE, OSCE...) et Etats il est intéressant de noter que la société civile est très active dans les débats et initiatives touchant à la résolution du conflit. Beaucoup d’ONG occidentales sont impliquées mais il est encore plus saisissant de constater le dynamisme et le nombre d’ONG moldaves, roumaines, ukrainiennes impliquées. De nombreux réseaux se constituent.
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Par Julien C. , le 13 octobre 2007
A mon tour de vous feliciter pour ce site, que je viens de decouvrir. J’en profite pour saluer les fondateurs avec qui j’etais en cours a grenoble, notamment Matthieu, vraiment bravo !
Neanmoins, concernant cette serie d’article - que j’applaudis, vous devez etre bien les seuls a vous occuper de cette region - j’ai regrette qu’il n’y ait pas quelques lignes sur l’ukraine, et notamment sur ses efforts pour securiser sa frontiere, dans le cadre de l’UE. Pour une quatrieme partie, peut etre ?!
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