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Transnistrie, le fantôme de l’Europe (1/3)


Transnistrie, le fantôme de l'Europe (1/3)

Première partie : Aux origines d’un Etat aux marges du réel

21 octobre 2005, Par Mathieu COLLET , Marina SCHNEIDER

La Moldavie sera, en 2007, avec la Biélorussie et l’Ukraine, une périphérie de l’Union Européenne, suite à la vague d’élargissement comprenant la Roumanie et la Bulgarie. Ce voisin en devenir demeure aujourd’hui encore mystérieux. Pays latin, situé entre l’Ukraine et la Roumanie, la Moldavie constitue pourtant un résumé vivant de l’Europe Centrale et Orientale, par son histoire, sa diversité ethnique, mais aussi par les évolutions accélérées qu’elle a vécues ces dernières années. Cela rend l’étude de ce pays à la fois passionnante et éclairante.

Le nom de République Moldave provient du nom d’un territoire situé entre les Carpates et le Dniestr entre les XIVème et XIXème siècle. Dès le XVème, la principauté de Moldavie est annexée par l’Empire Ottoman. En 1812, les grandes puissances voisines, l’Empire russe et la Roumanie, se partagent le territoire de la Moldavie. Après l’indépendance de la Roumanie en 1859, la Bessarabie, devenue indépendante de la Russie en 1917, décide de rejoindre la Roumanie en 1918. Ce territoire est annexé par l’Union Soviétique en 1940 et uni au territoire de l’actuelle Transnistrie (que les Russes avaient appelée République Socialiste Soviétique de Moldavie en 1924 pour gêner et entraver les vues soviétiques sur la Bessarabie).

À travers les différences de développement de part et d’autre du Dniestr, on peut déjà observer des variations dans les domaines ethniques, sociologiques et économiques. Les territoires à l’ouest du Dniestr suivent l’industrialisation stalinienne, tandis que les territoires de la Bessarabie restent dominés par l’activité agricole. Pendant l’industrialisation et la soviétisation de la Moldavie, les dirigeants de Moscou y installent un grand nombre de spécialistes russes et ukrainiens, concentrés dans les grandes villes et en Transnistrie, là où l’industrie a besoin de leurs qualifications. L’armée rouge fût en grande partie stationnée sur le sol transnistrien.

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La Perestroïka, à la fin des années 80, a contribué à un renforcement du sentiment d’appartenance de la population moldave, avec comme point central la mise en avant de la culture et de la langue moldaves, ainsi que la possibilité du progrès social. Les premiers succès de mouvement pro-moldave, qui formera par la suite le « front populaire moldave », furent une nouvelle législation relative à la langue et un changement de pouvoir au sommet du parti communiste moldave. Après son succès aux élections soviétiques de mars 1990, le front populaire renforce son ancrage en Moldavie et, alors que le lien avec l’économie de marché a été établi, avec les réformes intervient une « moldavisation » des institutions. Le programme du front populaire propose également l’idée de l’unification avec la Roumanie. Mais Les villes transnistriennes qui comprennent un grand nombre de bourgeois russes et ukrainiens sont réactionnaires à ces politiques réformatrices. En juin 1990, le Parlement moldave adopta l’utilisation du moldave comme seule langue officielle de la Moldavie, et les russo-ukrainiens exprimèrent leur mécontentement (la Transnistrie compte entre 35 et 40% de Moldaves-Roumains, environ 28% d’Ukrainiens et 24% de Russes). La résistance contre les lois linguistiques s’est organisée à partir de ces villes.

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Après que la Moldavie eu déclaré son indépendance, la République Soviétique Socialiste Moldave de Transnistrie fût fondée le 2 septembre 1990, avec comme capitale Tiraspol. Le 27 août 1991, après le putsch de Moscou, la Moldavie et la Transnistrie ont proclamé leur indépendance, chacune de leur côté. Les séparatistes du Dniestr se consacrent énergiquement au renforcement de leur pouvoir dans les territoires qu’ils souhaitent investir. Ils forment leurs propres milices, menaçant les habitants exprimant leur opposition. À l’occasion d’un référendum tenu en décembre 1991, la population de Transnistrie se prononça pour l’indépendance pure et simple de son territoire. Pendant que les Moldaves déboulonnaient les icônes soviétiques, les Transnistriens continuaient d’astiquer leurs statues de Lénine et d’afficher les slogans à la gloire du monde ouvrier.

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Le 1er décembre 1991, le chef d’entreprise russe Igor Smirnov est élu président de la République de Transnistrie. Dans les villes de Bender et Dubossary, qui sont encore sous contrôle moldave, on en arrive à une confrontation militaire. Les combats atteignent leur apogée en juin 1992 lorsque la ville de Bender, située sur la rive droite du Dniestr, est prise par des combattants transnistriens soutenus par des Cosaques. Des centaines de combattants et de civils perdent la vie. Ce ne fût que grâce à l’engagement massif de la 14ème armée commandée par le général russe de Sibérie Alexander Lebed que les combats ont pu être menés à leur terme et l’armée de la République Moldave mise en échec. Un armistice est signé le 21 juillet, ainsi que l’établissement d’une zone de sécurité le long du Dniestr. La ville de Bender est placée sous un statut spécial : en avril 1993, une mission de l’OSCE commence à travailler à une résolution durable du conflit dans la République Moldave.

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Mais à l’heure actuelle, la Russie et l’Ukraine n’ont fait que peu de progrès dans le processus de résolution du conflit. Les propositions pour une réglementation de l’autonomie de la Transnistrie ont été rejetées par les dirigeants de la République Moldave Transnistrienne, qui préfèreraient un Etat transnistrien souverain en relation fédérative avec la République Moldave. En 2004, la Moldavie et la Transnistrie se disaient prêtes à envisager un éventuel pays fédéral avec deux entités sous le nom d’ « État fédéral de Moldavie et du Dniestr ».

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Lorsqu’on observe le déroulement du processus des relations entre Transnistrie et Moldavie, on constate que la Russie ne semble pas avoir pour objectif de résoudre le conflit dans les plus brefs délais. Le maintien d’un potentiel militaire dans cette région permet de conserver une influence significative dans la région, et la position de la Transnistrie, considérée comme une enclave slave sur le Dniestr, est vu comme un élément important de politique intérieure pour les politiciens russes. Le conflit permet en outre à la Russie de se poser en partenaire de dialogue incontournable dans cette région. Le risque de voir le conflit s’étendre, entraînant l’intervention des militaires russes, est un argument qui justifie le stationnement de troupes russes dans la région.

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La volonté des dirigeants transnistriens d’avoir un état souverain reconnu internationalement n’est pas partagée par les russes. Disposer d’une certaine autonomie au sein de la République Moldave, comme proposé par l’OSCE et par les dirigeants Moldaves, est un projet toujours rejeté du côté transnistrien. Ainsi, l’influence de la Russie sur les protagonistes du conflit et sur le processus d’unification est un élément clef du problème. Tant pour la Transnistrie que pour la Moldavie, la dépendance envers la Russie est d’abord de nature énergétique, de même que la situation financière de la Transnistrie, aujourd’hui catastrophique, dépend énormément de l’aide russe. Enfin, l’influence des communistes russes se fait de plus en plus forte au sein même du Parlement Moldave.

Lire la suite de cette découverte de la Transnistrie : « PARTIE II : les intérêts russes en Transnistrie ou comment garder la mainmise sur un bout d’Europe »


Crédits cartographiques et photographiques :

- Le Monde diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/cartes (avec l’aimable autorisation de Philippe Rekacewicz)

- Trésor de la langue française au Québec, université de laval : http://www.tlfq.ulaval.ca

- News BBC : http://news.bbc.co.uk/

- Travel image : www.travel-image.com





© Euros du Village ASBL




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